« Je ne réalisais pas que j’avais accouché » : le témoignage de Mathilde face à une pré-éclampsie à 35 semaines

Parfois, une naissance ne ressemble pas du tout à ce qu’on avait imaginé.

L’histoire de Mathilde commence par une grossesse qui se déroule parfaitement… puis, en quelques heures, tout bascule. À 35 semaines, un diagnostic de pré-éclampsie tombe. Très vite, il faut agir. Pour protéger la maman. Pour protéger le bébé. Ce jour-là, la peur est là. L’incompréhension aussi.

Et pourtant, au milieu de l’urgence, une équipe entière entoure Mathilde avec calme, douceur et professionnalisme. Des soignants qui expliquent, rassurent, accompagnent chaque étape. Margot naît prématurément, toute petite mais déjà incroyablement courageuse.

Ce récit est celui d’un accouchement inattendu, d’un chemin parfois difficile après la naissance, mais aussi d’une rencontre avec des professionnels profondément humains. Des personnes qui ont tellement compté dans cette histoire que leurs prénoms accompagnent aujourd’hui Margot pour la vie.

Aujourd’hui enceinte de son deuxième bébé, Mathilde partage son histoire avec sincérité — pour dire que même quand tout ne se passe pas comme prévu, il peut y avoir énormément de bienveillance, de force et d’espoir dans ces moments-là.

Voici son histoire :

Parce que aujourd’hui je suis enceinte de mon deuxième bébé et parce que aujourd’hui des angoisses apparaissent et que je fais des recherches sur internet… je vous envoi mon récit d’accouchement écrit pendant l’été 2024.

« Nous sommes aujourd’hui le 26 août, c’est-à-dire 14 mois après mon accouchement .. c’est les vacances, je viens de finir le livre « le post-partum dure 3 ans, de Anna Roy » et je me sens prête à faire ce récit d’accouchement !

Tout a commencé le lundi 26 juin 2023 au matin, je me suis réveillée assez tôt, mais après mon mari, pour pouvoir me préparer pour mon 3 ème rendez-vous d’acupuncture. Bébé étant en siège depuis le début, j’avais décidé de faire ces séances pour essayer de la retourner [… en vain…] avant une possible manœuvre de version et, en dernier recours, une césarienne programmée si mon bassin ne permettait pas de faire passer bébé en siège. J’ai été en forme tout le long de ma grossesse, j’ai même fait un weekend plutôt sportif avant ce lundi ou j’étais à 35 SA + 6. J’avais un œdème plutôt important au niveau des pieds depuis quelques jours, même semaines… Sauf que ce matin là, en me regardant dans le miroir, j’avais le visage tout gonflé et mes yeux également. Je ne me suis pas tellement inquiétée mais je trouvais ça étrange. J’ai donc pris ma voiture pour me rendre à mon rendez-vous comme prévu. En arrivant, la sage-femme de l’hôpital me demande comment je me sens ce matin. Je lui dis que je me sens fatiguée, et très gonflée. Elle constate évidemment l’œdème. Sans me mettre en alerte, elle avait déjà son diagnostic et savait déjà ce qu’il était en train de se passer et la suite probable des événements. (Je n’ai d’ailleurs jamais eu l’occasion de la remercier pour son calme et son professionnalisme à ce moment là) Elle m’installe dans la salle pour l’acupuncture, et m’explique qu’elle va en même temps surveiller ma tension pendant 30 min en continue. Elle me demande de bien me détendre pendant ce temps. Je patiente, le temps me paraît très long. Elle revient. Les nouvelles ne sont pas bonnes … Elle m’explique que ma tension est très haute, mais ne m’inquiète pas pour autant. Et elle commence à mettre un mot sur tout ça : la pré-éclampsie Elle va faire en complément un contrôle de la protéinurie de mes urines sur une bandelette.Le résultat est là : ma protéinurie est à plus de 4 et ma tension à plus de 19 ! Elle me demande comment je suis venue ici, et dans quelle maternité j’avais prévu d’accoucher. Je ne comprends pas sa question. Pour moi, j’étais en capacité de me rendre avec ma voiture à la maternité pour pouvoir faire un check-up. Elle m’explique qu’elle va organiser mon arrivée en urgence à la polyclinique du parc, en ambulance au plus vite. De mon côté je commence un peu à m’inquiéter quand même, sans prendre réellement conscience de ce qu’il se passe. Visiblement à ce moment-là mon esprit avait déjà mis son mécanisme de défense en route. Je suis en contact depuis le début de ma grossesse, pour les petits tracas ou autres, avec ma cousine sage-femme. Là, je l’appelle, en croisant les doigts pour qu’elle réponde ! J’avais besoin de réponses et d’explications sur tout ça, et surtout connaître tous les cas de figures. Elle me rassure en m’expliquant que je peux au mieux sortir avec un traitement pour stabiliser ma tension et au pire une césarienne en urgence, mais qu’il faut attendre les contrôles à la polyclinique du parc. A ce moment-là, elle connaissait la plus forte probabilité au vu de mes premiers résultats. Mais ça me faisait beaucoup de bien de pouvoir en discuter. Le trajet en ambulance m’a paru tellement long, l’ambulancier m’a posé des questions maladroites, le pauvre ce n’est pas de sa faute, et moi j’avais envie de pleurer. Il me dépose devant l’entrée des urgences de la maternité – je suis effectivement attendue, la prise en charge est rapide et je suis installée en salle de pré-travail. On me pose rapidement une perfusion (ça m’inquiète un peu) je me dis que je vais sûrement rester là du coup. Je fais une analyse d’urine et de sang. Et je patiente … J’avais prévenu mon mari tout le long de cette matinée. Mais pas de raison de le faire venir pour le moment. On me le confirme à mon arrivée à la maternité et on m’explique qu’on verra selon les résultats. Le temps me paraît très très long, puisqu’il ne se passe plus grand chose et que personne n’a l’air inquiet. Je n’en suis pas sûr, puisque mes souvenirs sont flous mais je crois que tout s’accélère quand ils ont eu mes résultats d’analyses. On m’explique qu’il serait bien de contacter mon mari pour qu’il puisse être avec moi au cas où … Il prend la route immédiatement pour me rejoindre au plus vite. Entre deux, on me dirige dans une autre salle pour pouvoir voir le gynécologue et faire une échographie. Mon mari arrive juste à temps pour assister à l’examen.C’est là qu’il nous explique que notre bébé est un petit bébé. On le savait depuis le début, j’avais fait une échographie morphologique mais les mesures en percentile n’avaient pas inquiété le gynécologue conseil. Il nous dit qu’elle ne bouge presque pas (je le savais également, je la sentais que très rarement), et que je suis actuellement en train de faire une pré-éclampsie. Notre bébé ne grossira plus dans mon ventre à partir de maintenant, je suis en danger et elle aussi. Il m’explique qu’il réfléchi s’il me transfert au CHU ou s’il fait la césarienne maintenant … Là, c’est le choc. Les choses sont ensuite assez flous, mais on me réinstalle dans la salle, je patiente un peu.. et là : panique ! Une équipe complète arrive .. l’anesthésiste, les aides soignantes, le gynécologue, les sages femmes … On me déshabille, on m’explique, on me rase, on me prépare .. tout ça en même temps ! Je pleure énormément et j’angoisse tout autant. Et c’est à ce moment-là aussi qu’on nous demande le prénom de bébé .. bonne question, c’était pas encore déterminé. Nous leur avons donc proposé nos deux choix et avons décidé ensemble. Je pars ensuite sur le brancard sans mon mari, qui angoisse tout autant que moi et qui souhaite le plus rapidement possible me rejoindre. Ensuite l’anesthésiste (Dr B), qui est vraiment une personne exceptionnelle procède à la rachianesthésie tout en douceur. Wendy, l’aide soignante, m’a accompagné tout le long et je la remercie également d’avoir su me rassurer. Ensuite on m’installe pour la césarienne et mon mari me rejoint enfin. Tout s’est bien déroulé, mais sans moi. J’étais là sans y être, je ne réalisais pas du tout. Notre petite Margot est née le 26 juin 2023 à 15h46, et pesée 1kg900 pour 41 cm.

Margot a été très rapidement emmenée, avec son papa, pour faire les premiers examens. Puis transférée en Néonatalogie où ils ont pu partager un premier peau à peau tous les deux. Pendant ce temps, on s’occupe de moi. Et je pars en salle de réveil pendant 2h. Je ne réalise toujours pas, j’ai demandé mon téléphone pour appeler mes proches… Sans avoir réellement l’impression d’avoir accouché. Juste avant mon retour en chambre, on fait un passage en brancard en Néonat pour que je puisse voir mon bébé. Je suis perdue … je n’ai pas l’impression que c’est mon bébé. Les jours qui ont suivi ont été difficiles, on m’a proposé le passage d’une psychologue, que j’ai accepté sans comprendre pourquoi j’en aurais besoin. J’avais juste envie d’être seule avec Margot et mon mari à ces moments là. Nos familles se réjouissent de cet événement comme une naissance classique et ils avaient envie de fêter ça, sans comprendre mon profond mal-être. C’est sûrement de ma faute aussi, puisque que je refusais de montrer tout ça, en me disant que ça irait, que ça passerait. J’ai ressenti le besoin de revoir la psychologue quelques mois plus tard, quelque chose restait bloqué au fond de moi … De la culpabilité, sûrement de n’avoir aimé instantanément mon bébé. Et le choc de cet accouchement qui était encore beaucoup trop présent ! Elle a finalement mis des mots sur tout ça, en m’expliquant que mon corps avait fait une dissociation de mon esprit pour me protéger. J’ai fait un choc post-traumatique et j’avais besoin de prendre le temps et de me faire accompagner pour mieux vivre ce souvenir.

Notre retour à la maison, à eu lieu le 13 juillet après presque un mois en Néonat. Nous avons eu un accompagnement parfait, mon souhait d’allaitement a été respecté et on m’a accompagné dans cette démarche malgré les difficultés. Margot a été nourri par sonde dès le début, on m’a donc proposé le tire lait pour stimuler ma lactation. Nous lui donnions mon lait dans la sonde dès que j’en ai eu, avec les compléments dont elle avait besoin pour grossir et en lui proposant le sein entre deux régulièrement. Nous sommes sortis de la maternité en allaitement exclusif, c’était une telle victoire .

Nous remercions jamais assez Agathe, l’auxiliaire en Néonat pour sa gentillesse et son accompagnement. Ainsi que Maud, la sage femme qui m’a le plus accompagnée et écoutée. Il y a aussi Isabelle a remercier, l’infirmière sans qui j’aurais toujours mes agrafes sur ma cicatrice Margot porte d’ailleurs depuis comme deuxième et troisième prénoms Agathe et Maud ! Je ne dis pas qu’une deuxième grossesse sera facile, mais nous sommes en tout cas maintenant prêt à l’envisager »

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