Deux grossesses, une même épreuve : le témoignage de Clara face à la pré-éclampsie et à l’éclampsie du post-partum

Clara avait déjà trouvé le courage de partager avec nous l’histoire de son premier enfant, marqué par la pré-éclampsie et le deuil périnatal.

Aujourd’hui, elle revient avec un nouveau chapitre de son parcours : une seconde grossesse vécue dans la peur de revivre l’impensable… puis une éclampsie en post-partum, survenue alors que tout semblait enfin aller mieux.

Son récit rappelle une réalité encore trop méconnue : les complications hypertensives de la grossesse ne s’arrêtent pas à la naissance. Elles peuvent apparaître ou réapparaître de manière brutale, même après l’accouchement.

En racontant son vécu, Clara met en lumière l’importance d’être entendue, prise au sérieux et accompagnée avec attention. Sa parole est précieuse : elle aide à mieux comprendre ces complications et offre du soutien à toutes les familles qui traversent des épreuves similaires.

Le témoignage de Clara

En 2024, je vous ai écrit à la suite du décès de mon fils Ayden. Il présentait un retard de croissance et j’avais développé très tôt dans la grossesse des symptômes de pré-éclampsie.

J’avais écrit pour témoigner, mais aussi pour trouver du réconfort.

Aujourd’hui, c’est pareil…

Je suis tombée enceinte six mois après le décès de mon petit ange. J’avoue que j’ai eu énormément de mal à m’attacher à cette grossesse, à mon bébé, par peur de revivre la même chose.

Avec mon mari, nous nous étions fixé des dates à dépasser, des paliers, afin de pouvoir, petit à petit, nous rendre compte que tout était bien réel et essayer de ne plus avoir peur.

Le premier palier était 24 semaines, car les symptômes qui nous avaient alertés lors de ma première grossesse étaient apparus à ce terme-là. Puis 24+6, puisque notre fils est né à ce terme. Ensuite 28 semaines, puis 30 semaines, pour pouvoir l’annoncer à nos parents, et attendre la naissance pour prévenir nos amis.

Je n’ai pas eu de tension durant toute la grossesse. J’étais sous Aspégic 100 mg, que j’ai dû arrêter aux environs de 34 semaines à cause de l’anesthésie, par précaution, comme cela est demandé.

Vers 39 semaines, j’ai commencé à avoir de la tension et des protéines dans les urines à mon arrivée aux urgences. J’ai été hospitalisée en raison de mes antécédents.

Pendant l’hospitalisation, j’ai eu des migraines insupportables, et la lumière me dérangeait énormément. J’ai passé tous les examens nécessaires afin d’infirmer un diagnostic de pré-éclampsie.

Je suis sortie de l’hôpital deux jours avant ma 40ᵉ SA, un mercredi.

Le vendredi, jour de ma 40ᵉ SA, j’ai senti que quelque chose n’allait pas. J’ai pris ma tension : 14/9, puis 15/9. J’ai alors appelé les urgences et m’y suis rendue.

À mon arrivée, j’étais montée à 16/9. J’ai été hospitalisée immédiatement et il a été décidé de me déclencher.

Ce moment a été horrible pour moi, car c’est extrêmement douloureux.

Le samedi, j’ai été anesthésiée, puis la poche des eaux a été percée. Malgré cela, je suis restée bloquée à 2 cm de dilatation de 10 h du matin jusqu’à 20 h 44.

On m’a annoncé que j’allais être césarisée en urgence pour stagnation, mais que c’était un code vert.

Pour celles et ceux qui se souviennent, j’ai une phobie de la césarienne à cause de la première et de tout ce que j’ai vécu. J’ai donc fondu en larmes à l’annonce.

L’obstétricienne a été d’une écoute et d’une gentillesse incroyables. Elle et son équipe ont tout mis en œuvre pour que je puisse vivre ce moment le mieux possible.

J’ai eu des photos, ma maman était avec moi du début à la fin. Elles m’ont toutes encouragée, nous avons même pu rire un peu. J’étais très détendue.

Ma petite fille est née, pesant 3,786 kg pour 53 cm.

Tout s’est bien passé.

Le dimanche, j’ai fait une réaction à la péridurale : tout mon corps me démangeait.

Dans l’après-midi, mon œil droit a commencé à me faire mal et j’ai commencé à peler sous le nez.

Le lundi, je pensais faire une poussée herpétique, mais on m’a affirmé que non.

Le lundi soir, je ne me sentais pas bien, alors je me suis couchée tôt.

Le mardi, ça allait un peu mieux… mais dans l’après-midi, j’ai de nouveau ressenti un malaise. J’ai décidé de faire la sieste avec ma fille dans le lit.

Pendant mon sommeil, j’ai commencé à convulser.

Ma maman a tenté de me stabiliser, mais elle n’y arrivait pas. Entre‑temps, une dame est venue déposer le plateau‑repas et a demandé si tout allait bien. Dans la panique, ma maman lui a répondu que cela se voyait que non et qu’elle avait besoin d’aide. La dame est partie, mais n’est jamais revenue.

Ma maman a sonné, puis, voyant que personne ne venait, elle est partie chercher de l’aide pendant que je convulsais toujours. Lorsqu’elle a trouvé quelqu’un et expliqué la situation, une dizaine de soignants sont arrivés dans la chambre. Ils ont essayé de me parler, de me contenir, mais sans succès.

Ils ont fini par confier ma fille à ma maman. Une soignante l’a ensuite emmenée au bout de cinq minutes et l’a consolée, car elle pleurait et la scène était très impressionnante.

Pendant ce temps, la crise s’est calmée et je suis revenue un peu à moi. Ils m’ont changée de lit et ont tenté de me mettre quelque chose dans la bouche pour éviter que je n’avale ma langue, mais je m’étouffais avec ma salive. Ils ont fini par retirer le dispositif pour que je puisse reprendre mon souffle. Ma maman m’a dit qu’elle était là et que tout allait aller.

Au moment de m’emmener en réanimation, j’ai de nouveau convulsé.

Arrivée en réanimation, on m’a expliqué ce qu’il se passait, on m’a donné la sonnette et dit de ne pas hésiter à appeler en cas de besoin. Ils sont partis quelques minutes, puis j’ai senti que quelque chose n’allait pas. J’ai sonné et j’ai recommencé à convulser.

Ils m’ont alors sédatée puis intubée. J’ai eu des explications, mais comme j’étais sédatée, je ne me souviens de rien. Tout ce que je raconte m’a été rapporté par la suite, avec quelques souvenirs épars.

J’ai passé une IRM afin de déterminer la cause des convulsions et d’écarter différents diagnostics. À mon réveil, j’ai arraché les tubes de ma gorge.

Apparemment, malgré les traitements administrés, ils n’arrivaient pas à me stabiliser. Afin d’éviter des lésions cérébrales, ils ont décidé de me placer dans un coma artificiel.

J’y suis restée entre 24 et 48 heures.

Pendant ce temps, le côté droit de mon visage a gonflé. Mon œil droit était tellement enflé qu’il ne pouvait plus s’ouvrir. J’avais de l’herpès à l’œil, sous le nez et sous la bouche. J’étais devenue méconnaissable.

Ils ont d’abord suspecté une encéphalopathie herpétique, mais ce diagnostic a été écarté grâce aux images de l’IRM.

Ils ont finalement conclu à une éclampsie.

À la suite de cela, il a été dit que le diagnostic de pré‑éclampsie lors de ma première grossesse avait été infirmé à tort, et que c’était bien ce que j’avais présenté, au vu des complications survenues après la délivrance.

Je dois encore passer des examens pour évaluer l’impact sur ma santé. Neurologiquement, tout va bien. Je n’ai plus de traitement anti‑épileptique, car j’ai décidé de l’arrêter : je ne suis pas épileptique, et le neurologue l’a confirmé.

Sur le plan cardiologique, j’ai développé une insuffisance cardiaque du péripartum, je dois donc récupérer progressivement. Sur le plan néphrologique, j’attends encore d’être convoquée.

Quelles étaient les chances que cela m’arrive de nouveau ? Je ne le sais pas. Ce que je sais, c’est que cela m’a profondément bouleversée. Je me remets petit à petit de ce que j’ai vécu, mais j’en suis malheureusement traumatisée.

Ce témoignage rappelle une réalité essentielle : l’éclampsie peut survenir après l’accouchement, même lorsque tout semble aller mieux.

Il souligne l’importance d’une vigilance continue en post-partum, d’une écoute attentive des symptômes et d’une prise en charge rapide.

Comme Clara, de nombreuses femmes vivent ces complications dans l’incompréhension et la peur.

En partageant son histoire, elle contribue à faire connaître ces situations encore trop invisibles — et à rappeler qu’aucun symptôme ne doit être minimisé.

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