Ce témoignage de prééclampsie retrace l’histoire de Marine, marquée par une prééclampsie sévère et un syndrome HELLP à 21 SA.Une histoire bouleversante qui rappelle à quel point cette maladie peut évoluer rapidement et mettre
Témoignage de prééclampsie : l’histoire de Marine
Témoignage de Marine:
C’est ma première grossesse et elle arrive comme une immense surprise dans nos vies. Le premier trimestre se passe bien, sans gros symptômes. Chaque examen est positif et représente une étape de franchie. Je me dis qu’une fois passé le cap du premier trimestre, le pire sera derrière moi. J’entame mon 4eme mois sereine et apaisée. Confiante, je me projette enfin. Je suis impatiente de démarrer cette nouvelle vie à 3. Je suis presque à la moitié de ma grossesse, à 20 SA et nous devons partir en vacances deux semaines en Grèce avec mon compagnon. Juste avant de partir, je vais voir ma sage-femme et mon gynécologue pour me rassurer, savoir si je peux partir sereine. Les feux sont au vert, tout va bien et nous apprenons à cette occasion le sexe de notre enfant avec beaucoup d’émotion. C’est un petit garçon, j’en avais l’intuition profonde depuis le début, nous sommes comblés. Arrivée sur le lieu de nos vacances, je vois mes chevilles gonflées, je suis très fatiguée, je ne digère absolument plus rien. Je ne fais que me reposer et essaie de me rassurer en me disant qu’il faut bien que les symptômes de grossesse démarrent un jour. Au bout de quelques jours à peine, un soir après manger, nous rentrons dans l’appartement, et je sens une barre épigastrique soudaine et extrêmement violente. J’ai du mal à respirer. Nous allons voir le médecin de garde de l’île où nous sommes, la tension est normale. Rien d’alarmant. C’est peut-être la digestion nous dit-il. Revenez demain matin si ça ne va toujours pas. Nous rentrons mais je sens que c’est grave. Je dis à mon compagnon que nous devons rentrer en urgence en France. Durant la nuit, alors qu’il prépare notre retour, je ne fais que vomir, je n’arrive pas à respirer, j’étouffe. Au petit matin, au moment du départ, je démarre une série de convulsions très violentes. Par survie, mon cerveau « s’éteint », je ne me souviendrai de rien à partir de ce moment là, pourtant je suis « consciente ». Mon compagnon arrive à me faire rapatrier très vite sur l’île la plus proche qui a un hôpital, je suis stabilisée toute la journée, le temps que les médecins trouvent l’hôpital le plus adapté pour me prendre en charge. Ma tension a explosé, mes urines sont noires. Le rein, le foie, le cerveau sont touchés. Le diagnostic est posé très rapidement. Pré éclampsie précoce avec syndrome HELLP très sévère. Je suis à 21 SA, mon compagnon apprend du jour au lendemain que notre bébé ne pourra pas être sauvé et que mon pronostic vital est très engagé. Durant la nuit nous sommes enfin rapatriés en avion médicalisé sur une autre île qui va enfin pouvoir me prendre en charge. En arrivant, les résultats sont très inquiétants. Les médecins expliquent à mon compagnon que je suis en train de mourir et qu’il faut retirer le bébé en urgence. Mon compagnon m’annonce ce qu’ils vont devoir faire. Je pars au bloc, code rouge, césarienne d’urgence en anesthésie générale pour sauvetage maternelle. Notre bébé meurt sur le coup. Après l’opération je suis intubée et plongée dans le coma. Les médecins acceptent que mon compagnon dise au revoir à notre bébé pour nous deux et lui explique qu’ils ne savent pas si je vais survivre et qu’il doit réellement se préparer à cette éventualité. Les tentatives de réveil sont un échec car les convulsions reprennent dès qu’ils essaient. Je reste plus de 2 jours dans le coma. Mon réveil est très agité, je me souviens immédiatement des derniers mots de mon compagnon, je touche mon ventre et comprend. C’est la seule chose dont mon cerveau se souviendra de toute cette journée pré opératoire. Sur le moment, je ne sais pas où je suis, on me parle anglais, je suis totalement perdue, et n’arrive pas à m’exprimer. Je pense qu’ils viennent juste de m’opérer et que je suis simplement en salle de réveil. Lorsque je revois enfin mon compagnon, il découvre que je ne me souviens de rien et j’apprends que je viens de passer plusieurs jours dans le coma. Il m’explique tout ce qu’il s’est passé depuis cette nuit où je lui ai dit qu’on devait rentrer en France. À ce moment là, je sais que je ne suis pas en capacité de réellement comprendre que ma grossesse est terminée. Je l’intègre dans un premier temps avec beaucoup de froideur et de distance : je veux partir d’ici le plus vite possible. Je m’empêche de penser à mon petit garçon et me raccroche à la joie et l’euphorie de mon compagnon de me savoir vivante et sortie d’affaire. C’est cet élan de vie qui me porte et m’aide à me battre pour me remettre sur pied, quitter les soins intensifs, et rentrer au plus vite en France. Je reste hospitalisée une semaine avant d’être enfin rapatriée en France où je suis prise en charge dans un hôpital parisien quelques jours. C’est lorsque je quitte enfin le milieu hospitalier que je démarre mon deuil. Très vite, je ressens un décalage très fort avec mes proches. Pour la plupart, surement par pudeur, c’est la joie et le soulagement d’avoir survécu qui s’exprime en premier. On prends des nouvelles pour savoir comment évolue ma santé, si j’ai des séquelles. Alors que moi, je ne vois que la perte de mon petit garçon. Encore aujourd’hui, je dois souvent demander à mon compagnon de me raconter ce qu’il s’est passé à cause de mon absence de souvenirs. J’ai souvent plus d’empathie et de tristesse face à ce qu’il a dû vivre seul durant ces quelques jours que de conscience de ce qu’il m’est arrivé, c’est une sensation étrange. J’ai très peur pour une future grossesse, vivre une pré-éclampsie et un deuil périnatal lors de sa première grossesse, c’est un double-deuil. C’est savoir qu’on ne vivra plus jamais de grossesse avec légèreté et insouciance et qu’il y aura toujours une épée Damoclès au-dessus de nos têtes. J’avance doucement dans mon deuil, j’apprends à accepter les montagnes russes émotionnelles, la solitude, la colère, la tristesse.
J’apprends à avancer, à me reconstruire pour que la mort de mon petit garçon ne soit pas veine. J’ai très peur de ce qu’une future grossesse fera remonter en moi mais je m’accroche comme je peux à l’espoir, à la vie et ce qu’elle nous réserve de beau pour plus tard, je l’espère.
Je remercie du fond du cœur toute l’équipe de Grossesse Santé qui nous a répondu si vite dès le départ, pour leur engagement et leur humanité. J’envoie tout mon amour et toute ma tendresse à toutes les mamans qui ont perdu leur bébé. Marine
Merci Marine pour ta confiance.Si vous souhaitez témoigner ou échanger, vous pouvez nous écrire :
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