Ima‑Muka pensait vivre une grossesse ordinaire.
À 28 ans, sans aucun facteur de risque, rien ne la préparait à ce qui allait suivre. En quelques jours, son corps s’est emballé, les chiffres se sont affolés, et un mot qu’elle n’avait jamais entendu a bouleversé sa vie : pré‑éclampsie.
Ce témoignage raconte comment tout a basculé, comment elle a failli perdre la vie, et comment son fils est né à 25 semaines + 4 jours.
C’est l’histoire d’un combat que personne ne devrait avoir à mener, mais qu’Ima‑Muka a affronté avec une force qu’elle ne soupçonnait pas.
Témoignage de Ima-MukaÀ 28 ans, je suis tombée enceinte sans aucun facteur de risque. Et pourtant, la pré‑éclampsie a failli nous tuer, mon fils et moi.Mon premier trimestre a été très difficile : nausées, vomissements, saignements, douleurs et sautes d’humeur… J’ai cru que je n’allais pas y arriver.
La peur d’une fausse couche était constante, mais chaque semaine, notre bébé grandissait et mes symptômes diminuaient.
En septembre, nous avons passé le cap du premier trimestre et annoncé la grossesse à nos familles. Tout semblait parfait : mariage au Congo, nouvel appartement… et en novembre, nous découvrons que c’est un garçon. J’étais la plus heureuse au monde.
C’est à ce moment‑là que les ennuis ont commencé.
Lors d’une échographie, mon mari remarque que notre fils est passé du 47e au 24e percentile en une semaine. J’ai choisi de fermer les yeux, pensant que c’était une erreur.
Le 7 décembre, je prends huit kilos en un mois et ma tension est à 14. À 21 semaines, j’avais les symptômes d’une femme à terme : visage, mains et pieds enflés, nerf sciatique enflammé, canal carpien… Ma sage‑femme m’envoie immédiatement aux urgences. Sur place, ma tension est normale, donc le gynécologue décide de me renvoyer à la maison. Il me prescrit tout de même une analyse de protéinurie, malgré des résultats normaux deux semaines auparavant.
Le 18 décembre, enceinte de 22 semaines, je refais le test de protéinurie sur 24 heures.
Le 19 décembre, le résultat tombe : 1,47. Seule dans ma chambre, je comprends sans comprendre… Que dois‑je faire ? Nous partons aux urgences. Je n’ai aucun symptôme inquiétant, juste une protéinurie sept fois supérieure à la normale. À l’accueil, on me dit : « Vous avez passé le seuil de viabilité, montez chez les sages‑femmes. »
Je réalise que six jours plus tôt, on m’aurait renvoyée chez moi. Ma tension monte à 15. Une infirmière me pose la question que je redoutais : « Vous avez déjà entendu parler de la pré‑éclampsie ? » Je refuse d’y croire.On suspecte une pré‑éclampsie : tension élevée et protéines dans les urines, un duo dangereux.
Trois scénarios sont possibles : la tension baisse et reste stable ; elle est contrôlable avec des médicaments ; ou elle devient incontrôlable, avec un risque d’accouchement prématuré. Dans tous les cas, je ne sortirai pas de l’hôpital ce soir. Un transfert est prévu le lendemain vers une maternité de niveau 3 pour les extrêmes prématurés. Trop d’informations… le sol se dérobe sous mes pieds. Mon mari reste optimiste, ma tension a baissé, mais nos vacances de fin d’année sont probablement annulées.
Je me concentre sur l’essentiel : rester en vie pour mon bébé.Le lendemain matin, une infirmière m’injecte des corticoïdes « pour maturer les poumons de votre bébé qui risque de naître à tout moment ». Je pleure et réalise que la situation est très grave.
Je suis à peine à six mois… comment pourrait‑il naître maintenant ? Une ambulance me transfère vers ce que je qualifierai plus tard de ma seconde maison. Mon mari ne peut pas dormir avec moi ; je dois affronter la solitude. Au CHIC, le rythme est intense : tension toutes les trois heures, pesée chaque matin, cathéter, suivi de la protéinurie, hypertenseurs, monitoring du bébé matin et soir. Mon fils est au 3e percentile. Les échanges entre lui et moi sont si difficiles qu’il priorise son cerveau, ce qui entraîne un retard de croissance. Tant que ça continue, nous pouvons gagner des semaines. C’est ce que je pensais.
Les médecins me confirment que je fais une pré‑éclampsie sévère, bien plus tôt que la normale. Pas d’accouchement par voie basse possible : seule solution, la césarienne. L’anesthésiste m’explique la rachianesthésie.
Les psychologues disent que je gère bien, mais dans ma tête, je n’ai qu’une idée : tenir tant que je porte Kiyan. Le pédiatre m’explique la prématurité et les risques pour un extrême prématuré : poumons fragiles, retard de croissance, troubles d’apprentissage, autisme… Moi, je veux juste que mon bébé survive.
Le 25 décembre, je devais être à la frontière suisse, mais j’étais à l’hôpital. Mon oncle et ma cousine viennent partager un repas avec nous, un moment pour oublier la gravité de la situation.
Le 26 décembre, j’ai un mauvais pressentiment. La veille, j’ai bu trois litres mais uriné seulement 300 ml. Le médecin et l’équipe arrivent pour une surveillance renforcée, mais je les vois paniquer. Ma créatinine est trop élevée. Je suis transférée en salle d’accouchement avec mon mari.Ma tension monte à 17‑18 malgré les médicaments. Le cœur de mon bébé ralentit. Je fais une insuffisance rénale aiguë. Mon corps récupère les nutriments qu’il devrait donner au bébé pour tenter de survivre : un reverse flow. Je tremble, pense à ma mère là‑haut, serre les dents et décide d’affronter l’épreuve.
À 22h56, on nous annonce la césarienne d’urgence.
À 23h10, j’entends mon bébé pousser un cri à peine audible. L’infirmière parle d’un miracle : il respire seul pendant trente secondes, ce qui n’arrive presque jamais. J’accouche à 23 semaines + 4 jours, quatre jours après le début de mon sixième mois.Quarante minutes plus tard, l’opération est terminée. Je remonte en chambre et vais voir mon bébé. Il pèse 650 g et mesure 30 cm. Il va survivre, et c’est tout ce qui compte pour moi.
Deux jours après, je dois être réopérée pour un hématome sous‑cutané. Je suis épuisée, j’ai l’impression que la mort me cherche, mais je m’accroche. Je pense à mon fils, branché de partout : que serait sa vie si, en plus, il devenait orphelin ?
Ma santé s’améliore drastiquement dans les jours qui suivent.
Peu à peu, je reprends le contrôle et m’installe dans la chambre de Kiyan pour les quatre mois à venir.
La pré‑éclampsie m’a fait découvrir une force insoupçonnée en moi.
Aujourd’hui, je peux dire que ma vie a réellement commencé quand cette maladie est entrée dans ma vie. J’ai gagné cette bataille.
La pré éclampsie peut toucher toutes les femmes, même sans facteur de risque. Insistez. Faites‑vous écouter. Un doute n’est jamais « rien ».
Si mon témoignage peut permettre à une seule femme de consulter plus tôt, alors notre combat aura eu un sens. Pour mon fils. Pour nous. Pour toutes celles qui ne savent pas encore.