Prééclampsie sévère à 39 SA : le témoignage de Marie

Elle pensait vivre une grossesse normale. Quelques heures plus tard, sa vie et celle de son bébé basculent.

À 32 ans, Marie attend son premier enfant. Aucun signe qui ne lui semble vraiment inquiétant… et pourtant, elle est en train de développer une prééclampsie sévère.

Une histoire bouleversante, racontée avec une sincérité et une résilience qui ne peuvent laisser indifférent. 🤍

Le témoignage de Marie

Enceinte, à 32 ans, ma première grossesse se passe très bien.

Ma petite se développe bien, je travaille jusqu’à 2 semaines avant mon congé maternité, mon mari et moi préparons l’arrivée du bébé.

Sportive, je continue la course à pied jusqu’à plus de 5 mois de grossesse, puis j’arrête à la suite de douleurs au niveau du bassin. Je continue le renfo jusqu’au 9e mois de grossesse, associé à beaucoup de marche.

Le 15 août, mon mari et moi partons randonner la journée dans la jolie petite ville d’Isigny-sur-Mer. Au retour, je prends rendez-vous pour ma protéinurie mensuelle.

À ce stade, je n’ai pas de symptômes significatifs ou concrets évocateurs d’une prééclampsie. Et pourtant, je suis en train d’en faire une, sans le savoir.

J’ai un peu d’œdème dans les jambes, mais il fait chaud, j’ai mes bas de contention, je suis en fin de grossesse, c’est normal pour moi.

J’ai un peu mal aux poignets, on me dit que j’ai des pains au chocolat à la place des mains, mais rien d’inquiétant.

Fin juillet, RAS chez le gynécologue et lors de la consultation de pré-anesthésie.

J’ai parfois des nausées depuis début juillet, qui finissent par passer. Mes sages-femmes sont au courant.

J’ai parfois des mouches devant les yeux depuis une semaine, mais après une sieste, elles disparaissent.

Je suis infirmière de profession, la prééclampsie, je ne connais pas. Je ne travaille pas dans ce domaine (gynécologie ou obstétrique). Je minimise des symptômes qui, malgré leur non-spécificité, auraient dû m’alerter.

Le 16 août, je réalise ma protéinurie à 9 h, mais je constate quelque chose d’anormal : je n’arrive quasiment plus à uriner, moi qui d’habitude bois de l’eau en quantité et urine tout le temps. J’en parle au labo. Mais ça n’inquiète pas trop, il fait très chaud, on met ça sur le compte de la transpiration.

À midi, je monte sur un escabeau dans mon jardin car des oisillons sont tombés de leur nid. Je les remets dedans sous l’œil de mon chat…

À 13 h, je me rappelle que j’ai fait un bilan le matin même. Je regarde les résultats. Et là, je tombe des nues : 10 g de protéines avec un rapport créat/albu à plus de 700 !!!!

J’en informe mon mari, pharmacien hospitalier. Il est sous le choc. Il me prend la tension : systolique à 16. J’appelle la maternité.

La sage-femme au téléphone me fait répéter car je pense qu’elle n’en croit pas ses oreilles. Elle me dit de venir illico à la mater.

Nous arrivons à 16 h. On me monitore, me perfuse. Sous antihypertenseurs en voie veineuse, ma tension est anarchique, tantôt à 7, tantôt à 15. On me stabilise. On tente de me déclencher. On me décolle les membranes (ça fait un mal de chien). On me sonde, je n’arrive pas à uriner.

Puis bébé a un ralentissement du rythme cardiaque, on décide de me césariser en urgence. Tout cela, je l’ai su après avoir eu accès à mon dossier médical, car je ne me rappelle pas de toute cette nuit-là, sous le choc, débordée d’informations et de fatigue.

J’accouche par césarienne au bloc à 23 h le 16 août 2025.

Erika est née à 39 SA : 2,3 kg & 46 cm.

On me dit qu’il y avait des selles dans le liquide amniotique, qu’elle était en souffrance.

Premier peau à peau avec papa. Merci les sages-femmes pour les photos ! 😊 C’est super de conserver de vrais souvenirs, surtout quand, comme moi, vous ne vous souvenez plus de tout.

Merci à l’anesthésiste présent ce soir-là pour son écoute et sa bienveillance 😊

Après, je crois que j’ai débuté un allaitement avec une tétée d’accueil, selon mes souvenirs, et que je suis allée en unité de soins intensifs. Ce qui s’est passé après, bah, noir total encore aujourd’hui.

Je me souviens juste que le lendemain, pour être le plus tôt à la maternité, j’ai effectué un premier lever dans l’après-midi du 17, ce qui m’a permis d’arriver en maternité le soir du 17.

Je suis restée hospitalisée une semaine à la suite d’une prééclampsie sévère, sous surveillance rapprochée. Ma tension n’est jamais redescendue, je suis sortie d’hospitalisation avec du Loxen 50 matin et soir.

En regardant mon dossier, j’ai vu que mon bilan hépatique a dégringolé en post-partum, et qu’il ne s’est normalisé que par la suite.

Ma petite a été hospitalisée en néonatalogie, puis a très vite repris du poil de la bête, et aujourd’hui est en très bonne santé.

À la suite de l’hospitalisation, et jusqu’à 2 mois et demi post-partum (soit toute la durée du congé maternité), je suis allée toutes les semaines aux urgences gynécologiques pour infection de la cicatrice, méchage et autres.

En sortant de l’hôpital, j’avais un hématome du nombril à mi-cuisses qui s’est évacué par la suite. La cicatrice a été méchée et des infections de celle-ci ont été traitées.

J’ai mis deux mois et demi à cicatriser.

Deux mois et demi où l’allaitement mixte était une souffrance, j’avais mal avec l’hématome, j’étais paniquée quand ma fille pleurait et que je n’arrivais pas à mettre le bout de sein qui, pour la énième fois, était tombé par terre.

Pendant tout ce temps, je ne me reconnais plus. J’avais envie que cet alien (hématome) sorte de moi.

J’ai donc commencé un suivi psychologique qui m’a fait beaucoup de bien jusqu’à mars de l’année suivante.

J’ai arrêté l’allaitement mixte en octobre, car je n’en pouvais plus. C’était trop pour moi. J’adore ma fille. J’ai beaucoup culpabilisé de cette décision, mais je n’étais pas disponible psychologiquement à cela. Il fallait déjà que je me rétablisse. Et j’ai mis beaucoup de temps.

J’ai repris la course à pied en octobre, avec de la kiné abdominale et périnéale, après accord médical. Et là, mon moral est reparti à la hausse. Je pense que ça m’a aidé à guérir.

Aujourd’hui, ma fille a quasiment un an. Elle se porte très bien. Elle est adorable. Moi, je vais mieux, j’ai repris le travail après un arrêt de travail et un congé parental. Mon couple se porte bien.

Ma fille adore faire des courses à pied en poussette 😊

J’ai effectué mon premier semi-marathon en juin dernier après avoir perdu plus de 20 kg.

Cette phase de ma vie, la prééclampsie mais surtout le temps de cicatrisation en post-partum, m’ont permis d’acquérir beaucoup de résilience et ont renforcé mon mental.

Cette épreuve de ma vie a renforcé mon couple également.

Merci, malgré tout, à cette prééclampsie d’avoir existé. Sans elle, je n’aurais peut-être jamais eu ces déclics qui font de moi ce que je suis aujourd’hui.

Merci à l’ensemble de l’équipe qui m’a soignée pour leur présence et pour leur bienveillance.

Aujourd’hui, je ne suis plus sous Loxen. Ma tension est revenue à la normale. Je vois le cardiologue et le néphrologue une fois par an.

En mars dernier, j’avais toujours un peu de protéines dans les urines, cela sera investigué en fin d’année par le néphrologue. Affaire à suivre donc, mais je suis confiante. Faut voir la balance à moitié pleine, à ce qu’on dit ⚖️

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