Quand le 8 devient infini : le témoignage de Sabrina après une prééclampsie

À 23 ans, Sabrina a vécu sa première grossesse avec la peur de perdre son bébé… et peut-être sa propre vie.

Une prééclampsie, une hospitalisation, une césarienne d’urgence et une naissance vécue dans la terreur ont profondément marqué son histoire.

Deux ans plus tard, une nouvelle grossesse a ravivé les doutes et les angoisses. Mais cette fois, l’histoire s’est écrite autrement.

Deux enfants, nés un 8 novembre, dans la même salle de naissance. Comme une boucle qui se referme. Comme une forme de réparation.

À travers son témoignage, Sabrina nous parle de peur, de résilience, d’amour et de cette lumière qui peut parfois renaître après une épreuve.

Quand le 8 devient infini 🦁💛♾️

J’ai aujourd’hui 26 ans et je suis la maman de deux enfants, Aylan et Célia. Mon histoire avec la prééclampsie a commencé lors de ma première grossesse, alors que j’attendais mon fils.

Une histoire faite de peur, de doutes, mais aussi d’espoir, de résilience et, finalement, d’une magnifique réparation.

Dès le début de ma première grossesse, quelque chose inquiétait les médecins. J’ai été très rapidement surveillée pour ma tension, avec de nombreux passages aux urgences, des examens sanguins et urinaires répétés.

Le verdict est tombé à 33 semaines : prééclampsie.J’ai ressenti une peur immédiate. Je me souviens avoir regardé mon mari en pleurant, en comprenant que la situation était grave.Une phrase m’a particulièrement marquée, prononcée par une sage-femme :« Je ne veux pas vous faire peur, mais il faudrait rédiger vos dernières volontés si ça tourne mal. »

À ce moment-là, j’ai eu l’impression que mon bébé et moi étions condamnés.Pourtant, au milieu de cette période difficile, je n’oublierai jamais une autre sage-femme. Lors de mon hospitalisation, elle est entrée dans ma chambre et a immédiatement compris que je n’allais pas bien.Je me suis mise à pleurer et elle s’est assise à côté de moi.Avec beaucoup de douceur, elle m’a dit :« Allez-y, pleurez. Lâchez tout, ça fait du bien. On ne peut pas être une warrior tous les jours. »

Cette phrase m’accompagne encore aujourd’hui. Elle m’a appris qu’avoir peur, craquer ou demander de l’aide n’est pas une faiblesse. C’est simplement être humain.Après une hospitalisation, j’ai pu rentrer chez moi sous surveillance médicale. Le déclenchement a été programmé à 37 semaines. Mais rien ne s’est passé comme prévu.

Après des heures de travail, une complication a été détectée : le cordon de mon fils était trop court et son cœur commençait à ralentir. J’ai été emmenée en césarienne d’urgence.Je me suis retrouvée seule, sans mon mari. Je pleurais, terrorisée. Quand mon fils est né, je ne l’ai pas entendu pleurer. On me l’a enlevé immédiatement. Ce moment a été d’une violence indescriptible, comme si on m’arrachait une partie de moi.Mon fils Aylan est né le 8 novembre 2023 à 20 h 40, avec un poids de 2 kilos 300 pour 45 cm.Je me souviens encore de la première fois où je l’ai vraiment regardé.Il était si petit qu’il ne rentrait malheureusement dans aucun des vêtements que nous avions préparés pour lui. C’était impressionnant de voir un bébé aussi minuscule.

En tant que jeune maman, je réalisais à quel point la prééclampsie avait eu un impact sur sa naissance.Lorsque je le prenais dans mes bras, j’avais parfois peur de lui faire mal tant il me semblait fragile. Pourtant, il était déjà bien plus fort que je ne l’imaginais.En raison de son petit poids, il a également dû boire un lait spécialement adapté aux bébés prématurés afin de l’aider à grandir et à prendre des forces.Malgré sa petite taille et ce départ compliqué dans la vie, Aylan a fait preuve d’une force incroyable.

Aujourd’hui, c’est un petit garçon en pleine santé, plein de vie, qui s’apprête à faire sa rentrée à l’école maternelle, et il reste ma plus grande fierté.

Après cette épreuve, nous pensions ne pas avoir d’autre enfant. Trop de peur, trop de risques. Nous étions convaincus que notre histoire s’arrêterait là.Et puis, deux ans plus tard, sans que ce soit prévu, je suis retombée enceinte.Cette grossesse a été remplie de doutes et d’angoisses. J’avais tellement peur de revivre la prééclampsie que je ne savais même plus quelle décision prendre.

J’avais peur de revivre les examens, les hospitalisations, l’attente et l’incertitude. J’avais peur pour moi, mais aussi pour ce bébé qui grandissait déjà en moi.Durant cette période de doute, mon mari a été d’un soutien immense.Là où je voyais surtout les risques et les souvenirs douloureux, il voyait encore de l’espoir. Il n’a jamais minimisé mes peurs, mais il me répétait qu’il croyait en nous, qu’il croyait en cette grossesse et que, cette fois-ci, ce serait différent.

Aujourd’hui, je peux dire qu’il avait raison.Cette fois, j’ai été entourée, écoutée et suivie différemment. Les médecins ont pris mon histoire très au sérieux, et cela m’a permis d’avancer avec davantage de sérénité.J’ai fait le choix d’une césarienne programmée, notamment pour que mon mari puisse être présent, car la première naissance nous avait été volée.Ma fille devait naître le 10 novembre, par césarienne programmée. Mais elle en a décidé autrement… Elle a choisi son jour. Et c’est aussi cela que je trouve profondément beau.Célia est née le 8 novembre 2025 à 1 h 20 du matin, avec un poids de 3 kilos 315 pour 47 cm.Et comme un signe de plus, elle est née dans la même salle de naissance que son grand frère.

Cette naissance a également été une forme de réparation pour mon mari et moi.

Lors de la naissance d’Aylan, la césarienne d’urgence nous avait séparés. Il n’avait pas pu assister pleinement à la naissance de son premier enfant. Pendant que j’étais au bloc, il attendait avec l’angoisse de ne pas savoir comment nous allions, notre fils et moi.

Deux ans plus tard, tout était différent.Il était à mes côtés lorsque Célia est venue au monde. Il a pu assister à sa naissance, couper son cordon ombilical et vivre chaque instant que nous n’avions pas pu partager lors de l’arrivée de notre fils.

Un souvenir me touche particulièrement : pendant que les médecins terminaient l’intervention, une puéricultrice a confié Célia à son papa et l’a laissé la porter jusqu’à moi.Je revois encore cette image de mon mari avançant vers moi avec notre fille dans les bras. Après tout ce que nous avions traversé, nous étions enfin réunis. C’est un souvenir qui restera gravé dans mon cœur pour toujours.J’ai parfois l’impression qu’une boucle s’est refermée. Comme si mon corps, ma vie ou même le destin m’avaient offert une forme de réparation. Non pas pour effacer ce que j’ai traversé, car cela fait partie de moi, mais pour me rappeler que mon histoire ne s’arrête pas à cette épreuve.

Ce qui me touche encore plus, c’est ce détail du 8. Leur date de naissance.Le 8, qui, une fois couché, devient le symbole de l’infini. Comme un signe que rien ne s’arrête vraiment, que tout se transforme, que les épreuves peuvent se prolonger autrement… avec plus de douceur, plus d’amour.Comme une boucle, justement.Une boucle qui se referme, mais qui continue aussi, à sa manière.

Aujourd’hui, je me sens chanceuse et fière de mon parcours. Il a été difficile, parfois traumatisant, mais aussi profondément beau.Cependant, la prééclampsie a laissé une trace dans ma vie.

Après la naissance de mon fils, ma tension est redevenue normale. Mais après la naissance de ma fille, les choses ont été différentes. Ma tension ne s’est malheureusement jamais complètement stabilisée et je suis aujourd’hui toujours sous traitement médicamenteux pour l’hypertension.C’est un rappel quotidien de ce que j’ai traversé, mais aussi de l’importance du suivi médical après la grossesse. J’espère qu’un jour je n’aurai plus besoin de ce traitement, mais en attendant, j’avance avec confiance et gratitude pour tout ce que mon corps a accompli.J’ai deux enfants, un garçon et une fille, nés le même jour, dans la même salle, à deux ans d’intervalle. Comme un symbole. Comme une renaissance.Ils auront la chance de grandir ensemble, de partager chaque anniversaire comme un moment unique, presque comme des jumeaux de cœur, malgré leurs deux histoires différentes. Et je sais déjà que ces instants seront remplis d’amour et de sens.Aujourd’hui, lorsque je les vois grandir ensemble, rire, jouer et partager ce lien si particulier, il m’arrive de repenser à la jeune femme de 23 ans que j’étais, assise dans une chambre d’hôpital, terrifiée par ce que l’avenir pouvait lui réserver.Si je pouvais lui parler aujourd’hui, je lui dirais simplement :« Tiens bon. Un jour, tout cela aura un sens. »Je tiens aussi à dire que je suis de tout cœur avec les mamans qui ont perdu un enfant, celles qui traversent actuellement des complications, et à rendre hommage à celles qui ont perdu la vie. Votre combat mérite d’être reconnu, et vous ne serez jamais oubliées.Si je pouvais dire quelque chose à une maman qui traverse la prééclampsie ou qui hésite à revivre une grossesse, ce serait ceci :Vous avez le droit d’avoir peur. Ce que vous vivez est réel et parfois traumatisant. Mais vous avez aussi le droit d’espérer. Chaque histoire est différente, et vous serez accompagnée. Écoutez-vous, respectez votre rythme et, surtout, ne culpabilisez jamais vos choix.

Aujourd’hui, je retiens ceci :La vie ne revient pas en arrière, mais elle sait parfois réparer autrement.Ce que la vie m’a pris un instant, elle me l’a rendu autrement, avec encore plus d’amour.

Deux naissances, une même date, une même salle… comme un signe que même les épreuves les plus dures peuvent laisser place à une réparation pleine de sens.🦁 Nous sommes des mamans lionnes.

Merci à Grossesse Santé pour leur accompagnement et leur engagement auprès des mamans.

Je souhaite également remercier mon mari, qui a été présent du début à la fin de ce parcours. On parle souvent du vécu des mamans, mais il a lui aussi porté ses peurs, ses doutes et ses inquiétudes. Il a traversé chaque épreuve à mes côtés, sans jamais me laisser tomber.Il a toujours été là. Son amour, sa patience et sa force m’ont permis d’avancer. Il est resté mon pilier.Merci d’avoir porté ce combat avec moi. Cette histoire est la mienne, mais elle est aussi la nôtre.

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