« Ambre, notre petite fille que nous ne verrons pas grandir »

À l’aube du mois de sensibilisation au deuil périnatal, nous souhaitons partager avec vous le témoignage de Laura.

À travers ses mots, elle raconte son parcours, ses grossesses, ses combats, mais surtout la perte de sa petite fille Ambre.

Ce témoignage est partagé en sa mémoire, pour qu’Ambre continue d’exister à travers les mots de sa maman et pour rappeler que derrière le deuil périnatal, il y a des familles, des histoires et des bébés qui seront toujours aimés.

Témoignage de Laura

En 2023, je tombe enceinte d’une merveilleuse petite fille, Elena.

Au début, ma grossesse se passe plutôt bien, jusqu’aux résultats de la prise de sang pour la trisomie 21. En effet, lors de cette prise de sang, les médecins regardent également le taux de bêta-HCG, qui était trop bas dans mon cas.

Nous commençons donc à être suivis par une gynécologue échographiste référente afin de nous assurer qu’aucune malformation ou aucun handicap n’est présent. Heureusement pour nous, tout se termine bien et notre fille est en parfaite santé.

Je n’apprendrai que plus tard que ce taux de bêta-HCG peut également être un signe associé à un risque de pré-éclampsie.

La grossesse se poursuit et, à partir du cinquième mois, ma tension commence à être labile. Je commence donc à faire des monitorings très tôt, ainsi que des analyses de protéinurie sur 24 heures régulièrement.

Je contrôle également ma tension très souvent à la maison, sur les recommandations de mon gynécologue et de ma sage-femme.

Finalement, tout se termine bien. Ma fille arrive le 29 janvier 2025, le jour du terme. L’accouchement se déclenche spontanément et se passe très bien. Nous allons toutes les deux bien et nous sommes heureux de commencer cette nouvelle vie à trois.

Après trois jours à la maternité, nous avons l’autorisation de sortir et de rentrer à la maison avec notre bébé.

Le lendemain de notre sortie, ma tension commence à s’élever et atteint 15/10. Ma sage-femme me conseille de me reposer et de la reprendre un peu plus tard. Par chance, elle redescend à 14/9. Pourtant, je sens que quelque chose ne va pas. Déjà à la maternité, j’avais commencé à avoir mal à la tête, une sorte de barre au-dessus de la nuque, et cette douleur ne me quitte pas. En plus de cela, j’ai le souffle court. Le simple fait de changer la couche de mon bébé m’épuise. Je n’arrive pas à dormir, je me sens constamment tendue et je me réveille en sursaut chaque fois que je commence à m’endormir.

Le lendemain, un samedi, soit cinq jours après mon accouchement, j’ai rendez-vous avec ma sage-femme. Elle prend ma tension : 18/10. Elle décide donc de me renvoyer à la maternité. J’y arrive assez stressée, sans vraiment savoir ce qui est en train de se passer. On reprend ma tension à plusieurs reprises, elle reste entre 16/10 et 14/9, puis on me fait une prise de sang et une analyse d’urine. Pourtant, on me renvoie chez moi avant même d’avoir les résultats, en me disant d’aller marcher un peu et que l’on m’appellera s’il y a un problème avec les analyses.

Le soir même, on m’appelle pour me dire que les résultats ne sont « pas très bons », mais que cela peut attendre le lundi et que je verrai avec ma sage-femme pour qu’elle me fasse faire une protéinurie sur 24 heures.

À ce moment-là, je me sens délaissée. Je sens que quelque chose ne va pas. Je me sens mal, très mal, et j’ai peur. Une peur inexplicable, profonde, avec la sensation que quelque chose de grave est en train de se passer.Le lendemain, dimanche, mon état empire. Ma vision devient bizarre. Je prends ma tension : 20/12.

En fin de journée, j’appelle la maternité pour leur expliquer la situation et ils me demandent de revenir.Lorsque j’arrive là-bas, mon gynécologue n’est pas de garde. Je tombe sur une autre gynécologue qui me dit que tout est probablement dans ma tête. J’ai accouché, donc selon elle, il n’y a plus de risque et ce n’est plus son problème.

Elle ne sait pas vraiment quoi faire de moi et me dit que c’est sûrement dû à mon poids et que je fais de l’hypertension. Pourtant, avant ma grossesse, je n’en avais jamais eu.Je me retrouve donc face à une femme froide et peu compréhensive. Elle m’envoie deux étages plus bas pour voir le médecin des urgences. Celui-ci me dit qu’il ne sait pas gérer les hypertensions post-accouchement et me conseille de me rendre aux urgences du CHU de Nîmes.

Il est alors plus de 20 heures. Je prends donc la route avec mon conjoint et mon bébé pour le CHU, persuadée que je ne vais pas bien et que ce n’est pas du cinéma. Mais face à toutes les phrases que j’ai entendues de la part des soignants, mon entourage commence lui aussi à ne plus savoir quoi penser et à ne plus vraiment me croire.

À mon arrivée aux urgences gynécologiques du CHU, j’explique toute mon histoire. Et là, on me prend enfin au sérieux. J’ai enfin trouvé des personnes qui m’écoutent et surtout qui me croient. En peu de temps, un gynécologue vient me voir et m’explique enfin ce qui m’arrive. Il m’annonce que je fais une pré-éclampsie du post-partum et m’explique que ce n’est pas quelque chose de fréquent, surtout plusieurs jours après l’accouchement.

Mon cas est atypique.

Je me sens enfin soulagée d’être face à des soignants qui ne minimisent pas mes symptômes et qui prennent le temps de m’expliquer ce qui m’arrive. On me dit : « Nous allons vous aider et nous savons comment faire. » Ces mots ont été tellement réconfortants après les heures que je venais de vivre.Mon conjoint va alors déposer notre bébé, qui n’a même pas une semaine, chez ses parents afin de pouvoir me rejoindre.En peu de temps, je me retrouve perfusée et un peu dans les nuages. Tous les traitements me fatiguent énormément.

Je passe la nuit à dormir et, pendant mes moments d’éveil, je ne comprends pas toujours très bien ce qui se passe autour de moi. Je me retrouve dans une salle sous surveillance renforcée pendant 24 heures. Mon conjoint reste à mes côtés toute la nuit et me quitte le lendemain matin pour rejoindre notre fille.Je me souviens encore du matin où je me réveille et où je le vois pleurer. Il a eu tellement peur de me perdre. Je ne comprendrai que plus tard que les médecins lui avaient expliqué que mon cas était grave. Je faisais une pré-éclampsie sévère et le traitement qu’on m’administrait était lourd afin de faire rapidement baisser ma tension.Le lundi soir, je suis transférée dans une chambre seule, au service maternité. Ils me permettent alors d’être hospitalisée avec ma fille. Je retrouve donc mon bébé le lundi soir, après 24 heures de séparation. Nous allons finalement passer cinq jours à la maternité, toutes les trois.

Le plus dur est passé, mais je sais que le chemin pour me remettre de tout cela va être long. Physiquement, je vais garder de l’hypertension pendant près d’un an. Et moralement, le fait de m’être sentie délaissée par certains médecins et d’avoir été séparée de ma fille va avoir de lourdes conséquences.

Je vais faire une dépression du post-partum.

Aujourd’hui, j’aimerais surtout dire une chose : écoutez-vous toujours. Heureusement que je me suis écoutée et que j’ai insisté. La fin aurait pu être différente si je ne l’avais pas fait.

J’aimerais également m’adresser au personnel soignant : les mots ont un véritable impact sur les patients. Les mots durs prononcés par la gynécologue de garde, qui ne me croyait pas, ont résonné en moi pendant très longtemps.

Pour un soignant, ce ne sont peut-être que quelques phrases prononcées au cours d’une garde.

Pour un patient qui a peur et qui se sent en danger, ces paroles peuvent rester gravées pendant des années.

En 2025, je tombe enceinte de notre deuxième fille. Cette grossesse se passe très bien. Nous sommes énormément suivis, notamment par un gynécologue référent en plus de mon gynécologue habituel. Très tôt, des monitorings sont mis en place et tout va bien. Je suis également mise sous aspirine afin de réduire le risque de récidive de pré-éclampsie.

À 37 SA, ma tension commence à devenir labile. Je suis donc envoyée à la maternité afin de réaliser des analyses. Tout va bien et je peux rentrer chez moi. À 38 SA, lors de mon rendez-vous mensuel, ma tension est à nouveau un peu élevée. Je retourne donc à la maternité pour faire différents examens. Ma tension redescend et les analyses sont bonnes. Je peux donc rentrer chez moi pour le week-end.

Compte tenu de mon histoire et de cette tension qui commence à devenir instable, mon gynécologue décide néanmoins de déclencher l’accouchement à 38 SA + 3 jours.

Le lundi 20 avril 2026, nous avons donc rendez-vous très tôt à la maternité pour rencontrer notre princesse.

Nous arrivons à la maternité avec tellement d’impatience et d’émotion à l’idée de découvrir notre deuxième petite fille.

Mais en arrivant, on va nous annoncer que son petit cœur a cessé de battre.

Notre monde s’écroule.Je vais donc devoir accoucher de notre bébé née sans vie le 21 avril 2026, notre petit ange Ambre.

Quelques jours auparavant, tout allait bien. Le vendredi, ma tension s’était stabilisée, les analyses étaient bonnes et le monitoring également.

Rien ne laissait présager ce grand malheur.

Nous attendons toujours les résultats des analyses réalisées sur notre bébé et sur le placenta, dans l’espoir de pouvoir peut-être obtenir une explication.Comme si cela ne suffisait pas, deux jours après l’accouchement, ma tension recommence à monter. Je suis hospitalisée pendant dix jours au total, le temps que ma tension soit stabilisée.

Le diagnostic de pré-éclampsie du post-partum n’est pas posé, car les analyses sont limites. Les médecins pensent néanmoins que j’ai fait une pré-éclampsie, mais moins franche que la première fois.J’avais tellement peur de revivre une pré-éclampsie.

Mais je n’avais jamais imaginé devoir vivre la perte de mon bébé.

Aujourd’hui, nous espérons avoir des réponses. Est-ce que son décès est lié à une pré-éclampsie ?

Nous ne le savons pas. Peut-être que nous le saurons un jour.

Voilà notre histoire.

La maternité n’est pas seulement un conte de fées. C’est certainement l’une des plus belles expériences d’une vie, mais c’est également beaucoup de peur mélangée à un immense bonheur.

Et pour nous, elle est désormais aussi associée à une profonde tristesse : celle de ne pas voir grandir notre fille aux côtés de sa grande sœur.

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