Certains témoignages sont difficiles à lire.
Celui de Christie en fait partie.
À travers son témoignage, on découvre une maman confrontée à une douleur immense, à l’absence de ses enfants, mais aussi à un profond sentiment d’injustice.
On ressent combien cette épreuve a bouleversé sa vie, son regard sur le monde et la personne qu’elle est devenue.
Une femme qui apprend chaque jour à avancer avec un manque qui ne disparaîtra jamais.
Ces deuils ont transformé son quotidien, son regard sur le monde, sur elle-même.
Derrière chaque mot de ce récit, il y a l’amour d’une maman pour ses jumeaux, Marius et Constance, mais aussi toute la réalité d’un combat que personne ne devrait avoir à mener.
Aujourd’hui, Christie a souhaité partager son histoire. Merci de la lire avec bienveillance.
💜Il y a 6 mois, ma vie a basculé…
Retour en arrière :
Nous découvrons ma grossesse tellement désirée le 21 novembre dernier. Début décembre, nous apprenons qu’il y a deux poches, des jumeaux, un choc pour moi mais tellement d’amour, nous sommes heureux.
C’est ma première grossesse, tout se passe plutôt bien malgré une grossesse gémellaire et mon petit gabarit.
Étant une grossesse gémellaire, je suis suivie en exclusivité à la clinique à peu près tous les 15 jours.
Le 25 mars arrive, nous arrivons détendus, heureux, après cette échographie, c’est décidé, nous allons chercher la poussette tant étudiée.
Finalement, pendant ce rendez-vous, la gynécologue nous annonce que notre fille a un retard de croissance, elle m’arrête et nous explique que la clinique ne pourra plus me suivre, elle me redirige dans un hôpital de niveau 3.
Nous n’allons pas chercher cette poussette…J’ai un rendez-vous la semaine suivante, le 01/04, auprès d’un gynécologue spécialisé. Le médecin nous confirme le retard de croissance.
Pour nous rassurer, on nous propose de procéder à une amniocentèse sur une seule poche car bébés de sexe différent. Nous acceptons, le 8 avril, l’amniocentèse est réalisée, tout se passe très bien.
La nuit du 9 au 10 avril, chamboulement, je me réveille, nausée, mal de tête, mal au ventre, je réveille mon conjoint qui me rassure, prend soin de nous, je me rendors.
Avant son départ pour le travail, il décide de prendre ma tension qui n’est pas bonne, cependant l’appareil est vieux.Il me dit de me rendre à la pharmacie pour être sûre. Je vais à la pharmacie en fin de matinée même si je me sens beaucoup mieux.
Résultat, 2 prises à 18 de tension.
J’appelle l’hôpital, je dois me rendre aux urgences le plus rapidement possible. Je suis attendue, femme enceinte de jumeaux à 24 + 3 SA. « Le tapis rouge » est là, prise de sang, tension, test urinaire, monito (mon premier) et nos twins bougent énormément.
Nous rencontrons une multitude de médecins, obstétricien, sage-femme, pédiatre… Le verdict tombe : « Madame, vous faites une pré-éclampsie précoce et grave. »
Ce mot « pré-éclampsie », nous le connaissons, ma sœur en a fait 2 (pas au même stade), aujourd’hui ses filles vont très bien.
Je suis hospitalisée, décision difficile à accepter mais nous sommes positifs et plus le temps passe, plus nos jumeaux seront en sécurité.On m’injecte les corticoïdes, je suis surveillée comme le lait sur le feu. Cycle de tension, monito, prise de sang, protéinurie sur 24 h, prise de médicaments… Je me sens en sécurité, bien entourée malgré les annonces pas très encourageantes.
Et le 12 avril arrive, malgré une journée « correcte » et positive, en fin de journée mes douleurs s’intensifient très vite, très fortes, que je ne contrôle plus.Le gynécologue revient m’ausculter, mon état s’est trop dégradé en très peu de temps.
Césarienne d’urgence. On me prépare, la peur est là. La rachi ne fonctionne pas donc anesthésie générale, je ne vois rien, je n’entends rien, mon conjoint ne peut pas être là…
Marius <3, 660 g et Constance <3, 455 g naissent à 23 h 40 et 41.
Je me réveille quelques heures plus tard en salle de réveil avec des douleurs atroces mais on m’annonce directement que Constance est montée en réanimation dans les bras de son papa.
Une magnifique phrase.Malheureusement, du fait de mon état, je ne rencontrerai mes enfants qu’à 17 h 00 le lendemain.
C’est difficile de s’endormir enceinte et quelques heures plus tard 🡪 plus rien, c’est violent, c’est allé tellement vite.
Nous partons pour un long combat mais nos jumeaux sont des battants.Nous passons du temps auprès d’eux, c’est merveilleux. Malgré que la réanimation soit un endroit très dur, très bruyant.
Puis arrive le cauchemar, Marius doit être opéré en urgence, nous descendons au plus vite le voir mais finalement opération impossible, son petit cœur ne résisterait pas à l’anesthésie.
Notre fils partira à 5 jours de vie dans les bras de son papa, je lui tiens la main. Le pédiatre a pu le baptiser avant son envol.
Et là, une vague de questions, et ce n’est pas une poussette que nous achetons mais un cercueil. Nous devons nous battre pour bébé Constance.
Malheureusement, son état s’est aggravé, elle rejoint son frère le lendemain à 23 h 41, l’heure de sa naissance après avoir également été baptisée.
Ils se sont tous les deux battus.Nous avons perdu nos enfants, nos jumeaux, Marius, Constance, c’est irréel… le monde s’écroule.
J’étouffe à l’hôpital, j’ai l’autorisation de sortir le lendemain, tout s’enchaîne, les questions, les décisions, la préparation des obsèques, les choix…Ils ont eu une belle cérémonie.
Malheureusement, nous leur offrons des fleurs et non des jouets, nous leur rendons visite au cimetière et non dans leur chambre.
Leurs prénoms ne sont pas prononcés comme ils le devraient.
Je ne suis plus la même, tellement de choses ont changé, j’ai un sentiment d’injustice.Je ne l’accepterai jamais, je m’adapte aux situations avec un manque…
Maman vous aime.
Merci de m’avoir lu.Merci à mon conjoint.Merci à ma sœur, mes parents.Merci à mes proches, mes amis.Merci à tout le corps médical.Merci aux associations.