Aujourd’hui nous publions le témoignage de Marion, dans lequel on ressent une force immense, traversée d’une lumière qui persiste malgré la peur et l’incertitude. Elle parvient à mettre des mots sur des angoisses que tant de mères vivent en silence, et son récit touche profondément. On y voit la confiance qu’elle a su garder envers les soignants, l’amour de ses proches qui l’a portée, et la solidarité qui l’a entourée.
Son histoire montre aussi que, malgré la gravité de la pré‑éclampsie, une prise en charge rapide, attentive et coordonnée peut véritablement changer le cours des choses. Marion en est la preuve : entourée d’une équipe vigilante, elle et son bébé ont été protégés à chaque étape.
Le parcours de Marion est celui d’une épreuve transformée en lumière, un message puissant de courage, d’espérance et de confiance en la médecine.
✨ Témoignage de Marion ✨
Le 12 juillet 2024, je me suis rendue, sereine, à mon écho du 7ème mois en compagnie du papa, joyeux de revoir notre bébé. J’informe ma gynéco que j’ai gonflé (je ne pouvais plus mettre mes bagues et mes chaussures me serraient). Le rendez vous est plus long que d’habitude, la gynéco s’attarde, nous dit que les flux artériels entre bébé et moi ne sont pas bons… qu’il a un retard de croissance intra-utérin (1kg300 à 31SA + 2 jours)… Elle nous dit que nous devrions annuler nos vacances prévues dans une semaine car je dois avoir des rdv réguliers avec monito. Puis, elle finira pas prendre ma tension. J’ai 15 et ses doutes se confirment…
Elle contacte la clinique car me dis que je dois être hospitalisée immédiatement. Je me rhabille et je l’entends dire « suspicion de pré-éclampsie ». Ma joie a laissé place à la peur et à l’incertitude car quelques mois avant j’avais entendu parler de cette maladie qui a emporté une mère dans son sommeil et ses jumeaux. Je retiens mes larmes, mon conjoint ne comprend pas, je lui explique que cette maladie est grave. La gynéco raccroche et nous lâche cette phrase « la seule solution c’est d’accoucher, ce n’est qu’une question d’heures ou de jours, bon courage ».
J’ai immédiatement été hospitalisée. Lorsque nous arrivons, tout s’accélère. On me demande un prélèvement d’urines. Les résultats tombent très rapidement, un gynéco m’annonce que je fais une pré-éclampsie sévère (tension et protéines dans les urines élevées + œdèmes) et précoce. Mais que je dois tenir le plus longtemps possible pour que bébé profite au maximum des corticoïdes (qu’on vient de m’administrer) pour développer ses poumons, son cerveau et son système digestif. Moi qui respire la vie, qui la croque à pleines dents, qui la remplie de projets… d’un coup je prends conscience que je peux tout perdre en un instant, surtout mes proches. Le plus dur: imaginer que mon fils, mon grand, puisse perdre sa maman. Je pleure, mon conjoint me serre dans ses bras et me dit que ça ira.
Puis je monte à 19 de tension, j’ai du mal à respirer, toute ma cage thoracique est oppressée, une sage femme s’agite et m’apporte de la glace pour me soulager car aucune position ne me convient. J’apprendrais quelques jours plus tard que c’était une barre épigastrique (comme des douleurs intercostales très puissantes), symptôme de la pré-éclampsie. On me perfuse, les soignants arrivent à stabiliser ma tension et cette gêne intense s’estompe. Le soir, le SAMU m’emmène dans un hôpital à 1h15 de chez moi car pas le niveau nécessaire pour accueillir un si petit bébé ici. Le lendemain matin on m’annonce que je fais un début de Hellp Syndrome. Coup dur. Panique supplémentaire.
Mais pas le choix, j’avance, je fais confiance au corps médical qui nous répète qu’on est surveillés, mon bébé et moi « comme le lait sur le feu ». Je suis très bien prise en charge : sages femmes, gynécos, psy, conseillère en lactation, pédiatre pour visite de la neonat et explication sur la prématurité (et même une sœur est venue me proposer de prier pour moi !). Lâcher prise, vraiment, car même le tensiomètre qui bippe 35000 fois par jour me fait comprendre que je ne contrôle pas.
Les journées, entre chaque monito et prise de tension, je suis occupée, j’ai plein de messages, une solidarité de dingue, de la visite, toujours soutenue par mon homme, ma famille et mes amis. Mes bouffées d’oxygène. Et mon fils, mon rayon de soleil. Et puis les nuits, je me retrouve seule et les doutes reviennent. Peur de m’endormir et de ne pas me réveiller… Peur que son petit cœur s’arrête… Mais l’espoir est plus grand, je suis convaincue qu’il l’emporte toujours… c’est comme ça.
Finalement, au bout de 9 jours, mon état s’est stabilisé mais bébé fait 3 ralentissements cardiaques, ils ne prennent pas de risque et décident de programmer la césarienne pour le lendemain. Je le vis comme un soulagement, la fin d’une épreuve et le début d’autre chose de plus beau, je l’espère au plus profond de moi. Papa était présent et nous en gardons un très bon souvenir. Une très belle rencontre avec notre bébé de 1 kg 415 très énergique. Un bonheur immense lorsque j’ai entendu son premier cri avant même de le voir. LA VIE ! Papa a même pu faire du peau à peau directement pendant 2 minutes.
Nous avons eu la chance de ne pas connaître les montagnes russes de la prématurité car notre petit guerrier n’a pas eu de complications (autre que les soins « ordinaires » dûs à la prématurité). Nous nous sommes donnés mutuellement énormément d’énergie. Il est rentré à la maison un mois et une semaine après sa naissance, il faisait 2kg220.
Il a un an et demi, et c’est un vrai bébé sourire ! Il incarne la force tranquille !
Moi je ne suis plus malade, tout est rentré dans l’ordre mais je reste suivi une fois par an. J’ai mis quelques mois à ne plus être « hypervigilante » et apaisée… car je l’ai vécu comme une maladie silencieuse, sans douleurs, qui m’a demandé d’être à l’écoute de mon corps. Pour autant j’ai rapidement eu le sentiment d’avoir été grandis par cette épreuve car moi qui pensait savourer la vie, elle a encore bien plus de valeur à mes yeux maintenant.