Il existe des histoires qui se transmettent comme des murmures, des histoires que l’on porte sans les avoir vécues, mais qui façonnent toute une vie.
Aujourd’hui, c’est celle d’Annabel que nous accueillons.
Née en 1989, à 30 semaines, dans un contexte d’éclampsie foudroyante qui a emporté sa maman quelques heures après sa naissance, elle partage non pas un souvenir, mais une absence, un héritage, une question qui traverse les années.
Son témoignage est celui d’une enfant devenue adulte, qui cherche à comprendre ce qui s’est joué ce jour‑là, et à donner un sens à ce vide laissé par une complication dont elle est la survivante.
En ouvrant son histoire, Annabel nous offre un regard rare et précieux : celui de celles et ceux qui grandissent avec un avant qu’ils n’ont jamais connu.
Témoignage d’Annabel
J’ai lu de nombreux témoignages sur votre page avec beaucoup d’émotion. J’ai moi même été très surveillée pendant ma première grossesse (j’ai fait trois grossesse sans problème avec trois bébés en bonne santé, Merci au destin).
Ce qui m’amène à vous écrire ce n’est pas mon expérience de femme enceinte mais plutôt celle du bébé issu d’une éclampsie. Je ne sais pas si mon témoignage peut servir pour votre page mais j’ai l’impression que vous écrire m’aidera peut-être à prendre du recul et peut-être combler un vide.
Le 14/02/1989 (oui la médecine a évolué depuis, enfin je le croyais avant de lire vos témoignages) ma maman était a 30+2SA de sa première grossesse. Elle a ressenti une vive douleur à la tête et des douleurs dans le ventre dans l’après midi. Étant seule chez elle (mon père était au travail), elle a appelé le 15. Elle était suivie dans une clinique privée (détail qui a son importance car cette clinique ne s’occupait que des grossesses de niveau 1 voire 2), les urgentistes l’ont donc orientée vers la clinique qui l’a suivait.
Le médecin qui m’a suivait étant en vacances (il était évidemment dans son droit) elle a été vue par un autre médecin. La tension de ma maman était élevée (17), à l’époque la seule réaction qu’ils ont eu ce fut d’attente que la tension descende « seule ».
Elle est finalement tombée dans le coma (suite à un AVC). Mon père a finalement été contacté. Quand il est arrivé, on lui a annoncé que l’état de sa femme était grave et qu’ils allaient sortir le bébé (ce qu’ils ont fait à 21h).
Ma mère a été conduite dans l’hôpital voisin (pour gérer son état de coma profond) et moi je suis restée à la clinique.
Elle a été déclarée morte le 15/02 à 00h30.
Je pesais 1.2kg, je suis restée en couveuse trois mois.
Mon père est venu chaque jour durant ces trois mois, ma grand-mère maternelle également. J’étais considérée comme une grande prématurée (mais certains bébés naissent bien plus tôt).
J’ai eu de légers problèmes pulmonaires pour cause de manque de maturité de mes poumons.
Je ne comprends pas vraiment pourquoi, dans mon cas d’éclampsie, c’est ma mère qui est décédée et moi qui suis en vie contrairement aux témoignages qui se trouvent sur votre page Facebook.
Je n’ai pas plus de détails sur ce qu’il s’est passé à la clinique et à l’hôpital (très dur de recueillir les informations dans ma famille pour éviter de remuer les souvenirs douloureux).
❤️ Merci à Annabel pour sa confiance.
Son témoignage nous rappelle que les conséquences de la pré-éclampsie et de l’éclampsie ne s’arrêtent pas à la naissance. Elles peuvent traverser les années, les générations, et laisser des questions auxquelles il est parfois difficile de répondre.
Nous pensons aujourd’hui à sa maman, ainsi qu’à toutes les familles touchées par ces complications encore trop méconnues. ❤️