Johanna est médecin, mais avant tout maman.
Comme beaucoup de futures mamans, elle n’avait pas été suffisamment informée sur les signes de la pré-éclampsie.
Son témoignage rappelle l’importance d’écouter les patientes et de mieux sensibiliser autour de cette complication de la grossesse. ❤️
📖 Témoignage de Johanna
Bonjour,
Je souhaitais partager mon histoire concernant la pré-éclampsie.
Les médecins ne sont pas assez formés sur le sujet, et je sais de quoi je parle : je suis médecin généraliste et je n’ai rien vu venir lorsque les symptômes sont arrivés.
On m’a diagnostiqué un SOPK et une endométriose après plusieurs mois d’essai bébé sans succès. Ces diagnostics, je les connaissais déjà, je cochais toutes les cases, mais je n’avais jamais été prise au sérieux par les différents professionnels vus étant plus jeune.
En avril 2024, je commence donc une stimulation ovarienne par comprimé. Ma gynécologue est confiante, on se laisse trois essais avant de discuter réellement de PMA.
Et c’est pour notre plus grand bonheur que je tombe enceinte au premier essai.
La grossesse débute difficilement :
j’attrape le Covid, qui m’a énormément fatiguée, puis j’enchaîne avec des nausées et vomissements. Je tiens le coup pour continuer à travailler, en plein été à l’hôpital, c’était difficile de laisser mes collègues dans le pétrin.
Finalement, je n’ai pas eu le choix : à 2 mois de grossesse, j’avais perdu du poids et je ne gardais rien dans l’estomac. J’ai eu des nausées et vomissements jusqu’à environ 5 mois de grossesse. J’ai repris le travail en septembre 2024 en me disant que le plus dur était passé.
Oui, mais voilà… j’avais des douleurs d’estomac importantes, qui venaient et disparaissaient, avec toujours quelques vomissements. Ayant toujours eu des problèmes de reflux, je pensais que ça s’était aggravé avec la grossesse. J’ai donc pris des antiacides de manière assidue, sans réel bénéfice.Je me souviens avoir dit à ma maman, en plaisantant, que j’avais des contractions à l’estomac, et elle m’avait répondu sur le même ton : « Ce n’est pas par là que le bébé est censé sortir ».
Fin novembre, ma sage-femme m’arrête trois semaines avant mon congé maternité, devant mon épuisement. Mais mes analyses ont toujours été bonnes, ma tension aussi, et bébé était en pleine forme.
Les dernières semaines sont difficiles : j’ai l’impression d’avoir triplé de volume alors que je n’ai pris que 5 kg à 8 mois de grossesse. Mon terme est prévu pour le 30 janvier 2025, mais je prie pour que notre petite fille pointe le bout de son nez en avance, et pourquoi pas pour mes 30 ans que j’ai fêtés mi-janvier.
Aux alentours de 38 SA, je sens ma jambe droite gonfler de manière soudaine, c’est visible à l’œil nu. Je me rassure en me disant que les œdèmes sont normaux en fin de grossesse. Je prends rapidement 5 kg de plus en 3-4 jours et je trouve mon visage gonflé également, mais mon mari me rassure en me disant qu’il ne voit rien d’anormal.
À 39 SA + 3 jours, je crois avoir fissuré la poche des eaux. J’avais déjà des contractions régulières depuis quelques jours, mais uniquement la nuit. On se rend donc à la maternité. Finalement, la poche n’est absolument pas rompue, mais ma tension est un peu haute et ma protéinurie aussi.Je me revois dans cette salle de pré-travail, paniquée et en pleurs, annoncer à mon mari que j’étais en train de faire une pré-éclampsie. Il ne comprend pas et me demande de lui expliquer.Je connais ce que j’ai appris pendant mes études : les critères diagnostiques, les risques… mais les symptômes ne m’avaient pas alertée. Je ne me souvenais pas avoir appris qu’il y avait cette barre épigastrique qui ne me lâchait pas depuis des semaines.
On me renvoie à la maison avec consigne de réaliser une analyse d’urine sur 24h. Je reviens donc le lendemain et on m’annonce que les protéines sont très élevées et ma tension toujours limite. Il faudra revenir encore le lendemain pour me déclencher car la situation risque de s’empirer.
On rentre de nouveau à la maison. Je ne me sentais pas bien, je redoutais le pire. Je n’ai rien dormi de la nuit, les douleurs à l’estomac étaient intenses.
Le 18 janvier au matin, nous revoilà à la maternité pour le déclenchement. Ma tension est de plus en plus haute, on me donne un traitement pour la faire baisser avant de débuter les comprimés du déclenchement. L’équipe soignante a l’air débordée. J’ai toujours très mal à l’estomac, je sonne pour demander qu’on me soulage, mais l’auxiliaire qui arrive me dit simplement : « D’accord, dites-le bien à la sage-femme quand elle repassera ». Je suis tellement mal à ce moment-là que je ne dis rien. La sage-femme revient quelques temps après (longtemps après) et se rend compte qu’elle n’a pas ouvert le robinet du cathéter contenant le traitement pour la tension. Ma tension est à 18, j’ai des douleurs atroces dans l’estomac et des contractions qui commencent à être pas mal douloureuses aussi.
À ce moment-là, personne n’a prononcé le mot « pré-éclampsie » et personne ne m’a rien expliqué. Certes, je suis médecin et c’était noté dans mon dossier, mais là j’étais avant tout une future maman inquiète et vulnérable, j’aurais aimé qu’on prenne deux minutes pour discuter.
Le travail avec le déclenchement a duré 38h, puis j’ai fini par accoucher par césarienne en début de nuit. L’anesthésie n’a pas bien fonctionné et j’ai senti l’incision et l’extraction de ma fille. L’anesthésiste m’a presque ri au nez quand j’ai indiqué avoir mal, et avant qu’on ne m’endorme complètement j’ai entendu quelqu’un dire : « Celle d’avant aussi c’était une chochotte qui disait qu’elle sentait tout »…
Je n’ai pas pu voir ma fille avant le lendemain matin car j’étais tellement épuisée que les allers-retours dans ma chambre ne m’ont même pas réveillée, ni les pleurs de mon bébé.
Je sais que dans cette histoire on s’en sort bien toutes les deux : la pré-éclampsie était débutante et j’ai accouché à temps. J’ai bien fait d’aller à la maternité ce jour-là, même si je n’avais pas du tout perdu les eaux, je pense que la situation aurait été plus dramatique si j’avais attendu.
Tout ça pour dire que nous ne sommes pas assez informés sur les signes de la pré-éclampsie, et ni sur la capacité à prendre au sérieux les patientes, qui se connaissent mieux que quiconque – parfois même mieux que le personnel médical.
Merci pour ce que vous faites pour nous via votre association, les choses doivent changer.
Johanna
🙏 Merci infiniment Johanna pour ton témoignage.En partageant ton histoire, tu aides à briser le silence autour de la pré-éclampsie et à mieux informer toutes les futures mamans.
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