Le témoignage d’Annabelle raconte une grossesse où les signes étaient là, discrets mais persistants, et pourtant minimisés. Des symptômes qui s’installent, une intuition qui murmure que quelque chose ne va pas… mais aussi la peur de déranger, de “trop en faire”, ou de ne pas être prise au sérieux.
Annabelle a avancé avec courage, portée par son bébé, sans savoir que tout était lié. Aujourd’hui, elle partage son histoire pour que d’autres femmes puissent reconnaître plus tôt ce que son corps tentait de lui dire.
Pour remettre dans le contexte, j’ai déjà 2 enfants de 6 et 4 ans, qui étaient de petits bébés : 2 kg 680 et 2 kg 850.
Très rapidement, lors de ma troisième grossesse, on m’a dit que mon bébé était petit, mais rien d’inquiétant vu le poids des premiers… Puis on m’a imposé un rythme d’échos plus régulier, et mon bébé était vraiment petit, petit.
Dans ma tête, grosse pression : il faut que je l’emmène le plus loin possible, pour qu’il puisse grandir jusqu’au bout. Avec le recul, je pense que c’est pour cette raison que j’ai ignoré mes symptômes.
À ma visite du 5ᵉ mois, j’ai expliqué avoir les pieds gonflés ; ma sage-femme m’a prescrit des bas de contention, rien d’anormal à ce stade. Je ne me souviens plus si j’ai parlé des gonflements du visage à ce moment. Par contre, je me souviens avoir demandé à la pharmacie s’il était possible de faire de la rétention dans le visage parce que je me trouvais particulièrement “bouffie”. La personne m’a répondu vaguement que oui…
Au début du 7ᵉ mois, j’ai commencé à avoir des maux de tête presque continuellement, mais je n’en ai pas parlé, mettant cela sur la fatigue de la grossesse. Le soir, au coucher, je ressentais un poids important dans la tête, elle me paraissait très lourde sur l’oreiller. Ce n’était pas douloureux, mais vraiment désagréable. Je sentais bien que ce n’était pas vraiment normal, mais… je n’ai rien dit.
Lors de l’écho du 7ᵉ mois — j’en avais tous les mois — on m’a envoyée dans une autre maternité pour un suivi intensif, car le bébé était vraiment anormalement petit. Cinq jours plus tard, lors du rendez-vous, le gynéco a estimé mon bébé à 1 kg 750 et m’a expliqué qu’il faudrait le déclencher 15 jours après, car les dernières semaines, il puiserait dans des réserves qu’il n’a pas.
Là, je tombe de ma chaise : je m’étais persuadée qu’il fallait le mener au bout des 9 mois, et personne ne m’avait parlé de déclenchement jusqu’alors.
On continue les examens : prise de tension, analyse d’urines, reprise de tension… Je le sens mal, je dis à mon conjoint que si ma tension est mauvaise, ils vont me garder.
Le gynéco revient : tension trop élevée — 15/9 — protéines dans les urines. Il faut aller chercher la valise et revenir le soir même pour le déclenchement.
Je lui réponds que non, mon bébé ne fait qu’1 kg 750. Il me fait comprendre que je n’ai pas vraiment le choix. Je pleure, j’ai clairement peur. Je demande s’il va être branché, en couveuse, s’il va pouvoir rester avec moi… On me dit d’attendre qu’il soit là pour obtenir des réponses.
L’anesthésiste passe dans la soirée et me dit : “Vous êtes déclenchée car vous faites une pré-éclampsie, c’est bien cela ?”
Première fois qu’un professionnel me dit le mot. Je lui réponds qu’on ne m’a pas parlé de ça, mais que comme j’ai de la tension et des protéines dans les urines, ça doit effectivement être ça.
Mon bébé est arrivé le lendemain, à 36 SA + 4. Il faisait 1 kg 840, mais il était là ! Nous avons eu énormément de chance : il a pris son biberon tout seul, n’a pas eu de problème pour réguler sa température… un vrai caractère de champion.
Quant à moi, j’ai gardé mes problèmes de tension et les maux de tête associés plusieurs mois après l’accouchement. J’ai dû prendre un traitement, mais aujourd’hui tout semble rentrer dans l’ordre.
Je m’étonne toutefois de ne pas retrouver les mots pré-éclampsie, tension, protéines dans le compte rendu d’hospitalisation, comme s’ils étaient des gros mots.
J’ai compris que tout était lié : le retard de croissance de mon bébé, mes maux de tête, mes gonflements du visage, ma sensation de lourdeur dans la tête au coucher… et j’ai culpabilisé.
Aujourd’hui, je veux témoigner pour sensibiliser les femmes sur leurs symptômes : écoutez-vous, ne minimisez pas vos douleurs ni vos ressentis, car c’est votre santé et celle de votre bébé qui sont en jeu.
Parlez-en, n’ayez pas peur de passer pour celle qui se plaint : vous avez probablement de bonnes raisons de le faire.
Je veux aussi sensibiliser les professionnels de santé : grossesse + gonflement du visage, c’est anormal. Parlez-en aux patientes. La pré-éclampsie n’est pas un gros mot. On est tellement à être concernées.
Il y a des signes qu’on ne devrait pas ignorer, pour nous, pour nos bébés.
Aujourd’hui : Mon bébé a aujourd’hui 14 mois, et il va très bien ! Il reste petit pour son âge, n’atteint pas encore les 8 kg, mais il évolue à vitesse grand V et c’est un bonheur au quotidien de le voir ainsi.
De mon côté, 14 mois après, je ne considère pas avoir retrouvé ma forme d’avant grossesse, mais je ne désespère pas !
Merci à Annabelle pour ce témoignage fort et précieux.
Son histoire rappelle combien il est important d’écouter son corps pendant la grossesse, de parler des symptômes inhabituels et d’être entendue.
La pré-éclampsie n’est pas un gros mot. La nommer, c’est aussi mieux la reconnaître, mieux l’expliquer et mieux accompagner les femmes concernées.