Darony a accepté de partager son histoire, faite de courage, de prématurité, de deuil et de renaissance. À travers ses mots, elle revient sur des années d’épreuves, de soins, d’amour et de résilience — pour que d’autres parents se sentent moins seuls.
Temoignage de Darony :
J’ai vécu deux prééclampsies, en 2023 et en 2025. Celle de 2025 a eu moins de conséquences, sûrement grâce à l’aspegic que je prenais. Mais celle de 2023 restera gravée dans ma mémoire.
Le 3 août 2023, on m’annonce une prééclampsie. Je ne savais même pas ce que c’était. On me transfère dans un hôpital à plus de trois heures de chez moi. Faute de place, je reste quatre jours sur un lit obstétrique. Le quatrième jour, je me plains de violents maux de tête. On me donne un médicament, mais il ne fait aucun effet.
Mon mari n’est pas là. Une heure plus tard, ma tension grimpe encore. On m’annonce qu’il faut accoucher en urgence : je suis à 30 semaines.
Au bloc, j’aperçois ma fille quelques instants avant qu’elle ne parte en réanimation néonatale. En salle de réveil, je n’arrive plus à ouvrir les yeux. J’entends mon mari arriver, mais je ne peux pas communiquer. On me place en réanimation : ma tension frôle les 22 malgré les médicaments. J’entends tout ce que les soignants disent, mais je suis incapable de parler ou d’ouvrir les yeux. Mon seul moyen de communiquer est d’augmenter ma tension ou mon rythme cardiaque. Cela dure trois jours.
Mon mari a eu très peur. J’étais enfermée dans un petit coma, répétant intérieurement : allez, réveille-toi… On se demande souvent si les patients entendent ce qu’on dit quand ils sont dans le coma. La réponse est oui. Et il faut faire très attention à ce qu’on dit.
Aujourd’hui, je vais bien. Je surveille toujours ma tension, mais elle est stabilisée. J’ai eu un traitement pendant deux mois. En janvier, j’ai découvert que j’avais un diabète de type 2, conséquence du diabète gestationnel de mes deux dernières grossesses. Cela m’a valu une hospitalisation.
Je suis suivie en cardiologie chaque année.
Ma troisième grossesse s’est mieux passée. Sous aspegic, ma tension était mieux contrôlée. Mais dès que j’ai arrêté le traitement, la prééclampsie a recommencé à s’installer doucement. Nous avions très peur que notre fille ait une malformation génétique comme sa sœur, décédée à huit mois.
Heureusement, ma troisième fille est née à 38 semaines, en 2025, avec un poids de 3260 g. Elle va très bien.
Mes trois enfants vont bien aujourd’hui. Mes jumeaux de 14 ans, nés en 2011, sont des grands prématurés nés à 27 semaines : 980 g pour ma fille, 1020 g pour mon fils. Ma deuxième fille, née en août 2023 à 30 semaines, pesait 1460 g. On lui a découvert une malformation cardiaque et une atteinte du foie. Elle a été opérée du cœur, mais elle a pris du poids trop vite et son cœur n’a pas tenu. Elle devait recevoir une greffe du foie en juin 2024.
Pour compléter son histoire : je ne l’ai vue que quatre jours après sa naissance, en réanimation néonatale. Je n’ai pu la prendre dans mes bras qu’au sixième jour, car après trois jours en réanimation, je n’arrivais même plus à tenir une fourchette ou à rester debout.
Avec ses malformations cardiaques et hépatiques, nous sommes restés un mois dans le premier hôpital, puis transférés dans un hôpital spécialisé où nous avons vécu sept mois. Cet hôpital est devenu ma maison. J’y ai appris des termes médicaux, j’ai vu les infirmières devenir amies. Elles m’ont appris leur métier, je leur parlais du mien.
Quand nous avons quitté l’hôpital, après le décès de ma fille, ne plus y retourner a été très difficile. Pendant trois mois, cela m’a énormément manqué. Nous sommes toujours en contact par mail : je leur donne régulièrement des nouvelles.Aujourd’hui, malgré les épreuves, je continue d’avancer avec mes enfants, en portant l’amour de ma petite fille et la force que cette histoire m’a donn