Témoignage de Laurine : « Je ne ressentais aucun symptôme, je me sentais très bien »

Aujourd’hui, nous vous partageons le témoignage de Laurine, qui a accepté de revenir sur une grossesse marquée par la pré-éclampsie.

Alors qu’elle se sent bien et que les rendez-vous se succèdent avec des « tout va bien », tout bascule en quelques heures.

Hospitalisation, attente, incertitude, déclenchement, naissance prématurée… mais aussi une prise en charge attentive et, heureusement, une issue positive pour elle et sa fille.

À travers son récit, Laurine raconte ce que l’on ne voit pas toujours : la peur, les doutes, les semaines d’attente, mais aussi la confiance accordée aux soignants et le chemin qu’il faut ensuite parcourir pour digérer ce qui s’est passé.

Nous remercions Laurine pour sa confiance et pour avoir accepté de partager son histoire avec nous.

Témoignage de Laurine :

Je suis tombée enceinte en janvier 2025 d’un bébé tellement désiré, mais cette grossesse s’est malheureusement terminée en fausse couche précoce.

Six mois plus tard, je retombe enceinte, mais toute la légèreté d’une première grossesse avait disparu et a laissé place à beaucoup d’angoisse.

Je suis terrorisée, je refuse de me projeter, je me renseigne sur les symptômes anormaux et les choses à connaître pour pouvoir réagir le plus vite possible si besoin.

C’est comme ça que j’ai découvert la pré-éclampsie. Elle reste dans un coin de ma tête, même si une partie de moi se dit que ça n’arrive qu’aux autres.

Les semaines passent, les rendez-vous s’enchaînent à base de « tout va bien ». Bon rythme cardiaque, belle courbe fœtale, tout va vraiment pour le mieux. Je commence à lâcher un peu prise une fois la semaine de viabilité atteinte, mais une part de moi reste en alerte.

À chaque rendez-vous, ma tension est « limite », alors on me demande de la surveiller à la maison. Pendant des mois, je la prends matin et soir, et elle est toujours à 12/7, sauf chez les médecins où elle est à 14/9.

On m’envoie 2 fois aux urgences, mais on me libère car elle finit toujours par redescendre.

Au rendez-vous du 8e mois, l’infirmière du CHU où je suis suivie depuis le début prend ma tension et fait une bandelette urinaire avant le rendez-vous avec la gynéco, comme d’habitude.

Mais cette fois, elle dit « oula ! ».Je lève à moitié les yeux au ciel sans même regarder le moniteur et lui dis qu’à chaque fois, c’est la même chose, que la tension est limite mais que tout redevient normal par la suite donc : pas de panique.

Elle me dit que ma tension est à 16/11. Elle fait la bandelette, et la protéinurie a également explosé. Je comprends immédiatement ce qui se passe. Je ne ressentais AUCUN symptôme, je me sentais très bien.

L’infirmière me dit clairement « je préfère vous prévenir, ils vont vous garder » et c’est ce qui s’est passé.

Je suis envoyée aux urgences, où ma tension est montée à 17/11 et n’est pas redescendue. On me prépare une chambre, je passe hospitalisée dans le service « Grossesse à Haut Risque », et je ne réalise pas ce qu’il se passe. Je suis à moitié persuadée que tout va s’arranger et que je vais rentrer chez moi, car la veille au soir, ma tension était toujours à 12/7. Je me dis que ça ne peut pas basculer aussi rapidement et sans que je ne sente rien physiquement. Mais si. On m’explique que c’est grave, que je reste sous surveillance rapprochée, que mes prises de sang sont bonnes mais qu’à la moindre dégradation, ils feront le nécessaire pour que tout aille bien pour ma fille et moi. On m’explique que « je suis le lait sur le feu, et que les soignants sont ceux qui retireront la casserole du feu avant que ça ne déborde ».

J’ai trouvé l’image parlante et rassurante. Dans tous les cas, je comprends que la prochaine fois que je sortirai d’ici, si tout va bien, nous serons 3.

J’ignore combien de temps je vais rester là, et j’ignore quand et comment ça va se dégrader, car on m’a prévenue : ça se dégradera forcément, cette grossesse n’ira pas au bout quoi qu’il arrive.

L’objectif était donc de garder ma fille au chaud le plus possible pour éviter la prématurité.Je suis restée hospitalisée plus de deux semaines, à une heure de chez moi, sous traitement pour stabiliser ma tension, avec des prises de sang tous les jours, 30 min de monito et de tension toutes les 5 min, et ce 3 fois par jour. Tout reste stable, sauf les protéines qui augmentent toujours. Le personnel est merveilleux et me rassure jour après jour, si bien que je finis par lâcher prise et leur confier toute ma confiance en ce qui concerne la vie de ma fille, ainsi que la mienne.

Un mercredi matin, le médecin passe comme tous les matins pour faire un point sur la situation. Mais cette fois, il m’annonce qu’ils vont me déclencher dans la journée car mes reins se dégradent.Après 3 jours de déclenchement infructueux, ma fille naît par césarienne à 36+3 SA, avec un retard de croissance in utero lié à la pré-éclampsie. Elle ne pèse que 2,2 kg et ne mesure que 42 cm, mais se porte à merveille et évite de peu la néonat.

Nous sommes restées hospitalisées 10 jours de plus, pendant lesquels notre moral a fait le yoyo. Entre ma fille qui ne prenait pas de poids et mes tensions qui montaient à des 18/10, ce n’était pas simple. Je ne comprenais pas car on m’avait dit que l’accouchement était le seul remède, je pensais qu’après, tout serait terminé. Mais non, et ça m’angoissait énormément.

Deux mois après, je suis toujours sous un double traitement pour réguler ma tension.

La pré-éclampsie a terminé d’achever le peu de légèreté qui me restait lors de cette grossesse. Elle m’a volé les derniers préparatifs : mon mari a dû faire la valise maternité seul, en catastrophe. Il a installé tout le matériel à la maison seul, a été acheter le nécessaire de puériculture seul.Tout est allé très vite, et en même temps, l’attente a été interminable. L’incertitude de la situation la rendait très difficile à gérer.

Je suis rentrée chez moi un mois tout pile après avoir été hospitalisée. J’ai perdu 13 kg entre le début de la grossesse et mon retour à la maison.

Je ne m’en rendais pas compte mais j’avais fait beaucoup d’œdème, mes reins fonctionnaient mal, et j’ai aussi perdu beaucoup de muscles. Je suis rentrée chez moi affaiblie et incapable de porter le cosy de ma fille : mais je suis rentrée chez moi en vie, et avec mon bébé en parfaite santé.

Tout le monde nous parle du deuxième bébé, alors que ma fille n’a que 2 mois, et que la fin de grossesse a été chaotique : « oh, tu ne vas pas la laisser fille unique quand même ».

Les gens n’imaginent sans doute pas ce que c’est que de passer par là, aussi bien pour moi, mais aussi pour mon mari qui a eu une peur constante de nous perdre toutes les deux jusqu’à ce qu’ils me déclenchent, qui a dû tout gérer seul, qui était rivé sur son téléphone jour et nuit et qui ne voulait rien montrer de tout ça pour ne pas m’inquiéter.

Ces paroles minimisent tellement ce que nous avons traversé et sont très culpabilisantes.Aujourd’hui, ça fait deux mois, je retrouve ma force et mon corps petit à petit et mon traitement stabilise toujours ma tension. Je me sens parfaitement bien, et je suis surtout extrêmement reconnaissante que tout cela ait été pris à temps, avant que cela s’aggrave !

Je suis aussi reconnaissante de la patience des soignants qui m’ont prise en charge, ils ont clairement rendu la situation plus « légère ». Mon mari a pu dormir avec moi une nuit sur deux, ce qui facilite aussi le moral.

Je mesure ma chance aujourd’hui, aussi bien pour la prise en charge dont j’ai bénéficié que pour l’issue positive de ma situation.

5 mois après« Aujourd’hui ma fille va très bien, elle a 5 mois maintenant et moi, je suis toujours sous traitement pour ma tension. Je me refais l’histoire en boucle certaines nuits, mais je digère petit à petit. »

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