Onze ans après, Aurélie a choisi de mettre des mots sur ce qu’elle a traversé.
Dans ce témoignage, elle revient sur son parcours face au syndrome HELLP, une complication grave de la pré-éclampsie : l’urgence, la peur, l’imprévu… mais aussi la reconstruction.
Aujourd’hui, elle partage son histoire pour rappeler l’importance de la surveillance médicale, de l’information, et du suivi après la grossesse, trop souvent minimisé.
Son témoignage est aussi porteur d’espoir. Il peut aider et rassurer les femmes qui s’interrogent sur une grossesse après une pré-éclampsie ou un HELLP, en montrant qu’avec un accompagnement adapté, une nouvelle grossesse peut se dérouler sereinement.
Parce que connaître les risques, c’est mieux les prévenir.
Parce que parler, c’est aussi soutenir.
Au début, la grossesse se déroulait bien. Les six premiers mois ont été plutôt sereins. Puis, lors de la troisième échographie, on m’annonce un excès de liquide amniotique (hydramnios) et un poids estimé à 5 kilos pour le bébé à terme. Dans le même temps, ma tension artérielle oscille entre 13 et 14, et mes résultats sanguins montrent des taux hépatiques à la limite supérieure de la normale.
Le gynécologue se veut rassurant : selon lui, la grossesse peut perturber certains paramètres sans que cela soit inquiétant. Je lui fais confiance.
Trois semaines avant le terme, un vendredi matin, je me rends à l’hôpital pour un contrôle échographique de l’hydramnios. J’ai déjà pris 28 kilos depuis le début de la grossesse. Le gynécologue m’annonce qu’il préfère me garder le week-end en observation avant la césarienne programmée pour le lundi. Un bilan sanguin est réalisé dans la matinée.
Le soir, je le revois et je lui demande les résultats, notamment ceux concernant mon foie. Il les consulte, puis m’annonce : la césarienne sera finalement pratiquée en urgence, car mon foie se dégrade rapidement.
Avant l’intervention, il doit retirer un maximum de liquide amniotique pour éviter une hémorragie pendant l’opération. On introduit une aiguille dans mon abdomen. Pendant une heure, le liquide s’écoule goutte à goutte. Je sens le bébé bouger, l’aiguille remonter, les contractions. Ma tension grimpe, il faut passer au bloc.
Il parvient à extraire un litre de liquide. La césarienne commence aussitôt. L’atmosphère est tendue. J’ose jeter un œil au moniteur : ma tension affiche 21. Le bébé est extrait rapidement, emmené pour être aspiré et aidé à respirer. On me dit qu’il va bien et qu’il est avec le papa. Le gynécologue, soulagé, me dit que j’ai « un bon utérus ». Au total, cinq litres de liquide amniotique seront retirés. Mon fils pèse 4,020 kilos.
Je reste hospitalisée une semaine. Mon gynécologue m’annonce que j’ai subi un HELLP syndrome et que la surveillance doit se poursuivre. Je perds 15 kilos. Une échographie de contrôle montre que mon foie n’a pas subi de lésions irréversibles. Mon fils réclame beaucoup. Mon corps, épuisé, ne parvient pas à produire assez de lait. Je culpabilise, puis je me répète que l’essentiel est qu’il soit nourri. Je commence un traitement antihypertenseur qui durera plusieurs mois.
Trois ans plus tard, je tombe enceinte à nouveau. Cette fois, je suis sous aspégic dès le début pour prévenir la prééclampsie. Je suis arrêtée au quatrième mois. Chaque jour, je prends ma tension. Je surveille. Elle ne dépasse pas 14. Mes bilans sanguins sont corrects. La césarienne est programmée trois semaines avant terme également à cause de l’hydramnios qui est présent mais moins important que lors de la précédente grossesse. Mon fils pèse 3,975 kilos. Je récupère plus rapidement.
Aujourd’hui, mes garçons sont en pleine santé. Ma tension artérielle et mes bilans sanguins que je fais régulièrement sont corrects.
Savoir que la pré éclampsie et ses complications existent est important pour les prévenir. Comme il est important de poursuivre une surveillance médicale après les grossesses.
N’hésitez pas à contacter l’association, à poser vos questions aux professionnels de santé autour de vous, vous n’êtes pas seul(e)s. »