Je témoigne pour que plus jamais on ne dise : “On ne savait pas.”

Il y a des dates qui marquent une vie à jamais.
Le 11 mai, j’ai donné naissance à Louis.
Le 11 juin, à Pierre.
Le 29 septembre, Arthur est venu au monde.

Trois grossesses. Trois naissances. Trois deuils.
Tous les trois emportés par un hématome rétro-placentaire.

Je me souviens encore du bonheur innocent de l’annonce de ma première grossesse à nos familles.
À cette époque, nous étions insouciants, loin d’imaginer ce que la vie nous réservait.

Puis est venu ce jour où j’ai ressenti une douleur atroce dans le dos, des vertiges, des bourdonnements d’oreilles.
Aux urgences, on m’a annoncé que le cœur de mon bébé s’était arrêté.
On m’a laissée seule dans un bureau pendant ce qui m’a semblé une éternité, avant qu’on me dise que j’étais en train d’accoucher.
J’ai mis au monde Louis, naturellement, sans péridurale.
Je l’ai tenu dans mes bras. C’était mon fils.

La grossesse suivante a été marquée par la peur, le stress, l’angoisse du passé qui revient.
Chaque semaine passée était une victoire.
J’ai été hospitalisée “par précaution”, on m’a dit que tout allait bien.
Et puis un matin, l’échographie, l’agitation du personnel… puis ces mots : « Il n’y a pas de cœur. »
Cinq mots qui m’ont fait tout revivre.
J’ai accouché de Pierre.
Je l’ai porté, mis au monde, aimé.

Pour Arthur, tout avait été mis en place : traitements, surveillance, hospitalisation dès 26 SA.
Mais à 25 semaines et 6 jours, une douleur, une hémorragie, un nouvel hématome rétro-placentaire.
Code rouge. Césarienne d’extrême urgence sous anesthésie générale.

À mon réveil, j’ai demandé : est-ce qu’il est vivant ?
On m’a dit oui. En réanimation.
Je l’ai vu le lendemain.
Il se battait. Chaque jour. Comme un lion.

Puis est venu l’appel de la réa. Celui qu’on redoute tant.
Ils avaient fait tout ce qu’ils pouvaient.
Il avait eu une hémorragie cérébrale, plusieurs arrêts cardiaques.
Il fallait prendre une décision.

J’ai pu le prendre dans mes bras, pour la première et la dernière fois.
Il s’est endormi contre moi, paisiblement.
Arthur a rejoint ses grands frères.

Un hématome rétro-placentaire, c’est quand le placenta se décolle brutalement de l’utérus. Le bébé est alors privé d’oxygène.
C’est une urgence grave, parfois liée aux troubles hypertensifs comme la pré-éclampsie.
Même si je n’ai jamais reçu ce diagnostic, j’ai vécu trois HRP.
Sans qu’on m’alerte.
Sans qu’on m’explique.

Ces naissances, ces combats, ces adieux ont profondément transformé ma vie.
Aujourd’hui, à travers mon engagement au sein de l’association Grossesse Santé contre la Pré-éclampsie, je souhaite porter la voix de Louis, de Pierre, d’Arthur, et de tous ces bébés partis trop tôt.

Je suis membre du bureau associatif et co-responsable des réseaux sociaux.
Je m’engage pour sensibiliser, informer et accompagner les familles confrontées aux complications graves de la grossesse.

Pour que plus jamais une maman n’entende : « On ne savait pas. »

Pour Louis.
Pour Pierre.
Pour Arthur.
Pour toutes les mamans.
Pour tous les bébés.

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Cet article a 2 commentaires

  1. Leplanois

    C’est un témoignage profondément touchant. On se demande comment une mère peut traverser une telle épreuve à trois reprises, c’est vraiment difficile à imaginer. Je vous souhaite beaucoup de force pour l’avenir. Il est essentiel d’aborder ce sujet. Pour ma part, j’ai vécu une grossesse qui s’est interrompue à 28 semaines en raison d’une prééclampsie sévère et d’un syndrome HELLP, une expérience véritablement traumatisante. Tout s’est arrêté brutalement, même si notre enfant s’en est sorti et se porte bien aujourd’hui. Nous avons décidé de ne pas avoir d’autre enfant par crainte que cela ne se reproduise. Je vous souhaite beaucoup de courage et merci pour votre partage.

  2. Laura Forero

    Je ne peux que laisser couler mes larmes en lisant votre témoignage qui me touche énormément moi même ayant eu un hématome retro-placentaire à la fin de ma deuxième grossesse. Je me sent tellement chanceuse de pouvoir prendre mon bébé dans mes bras en sachant que la fin aurait pu être une autre à 5 min près. Courage à vous et merci pour ce partage.

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