Pré-éclampsie : Cela n’arrive pas qu’aux autres

« Bonjour, moi c’est Tiffany. Il y a quelques années, j’ai partagé mon histoire, et aujourd’hui, six ans et demi plus tard, j’ai envie de la raconter à nouveau. 

Je me rappelle encore ce sentiment de bonheur immense lors du résultat du test de grossesse. Un bonheur de courte durée pour ma part, car quelques semaines plus tard, j’ai appris que je souffrais de vomissements gravidiques (plusieurs hospitalisations…), un véritable cauchemar. Je ne pensais pas pouvoir vivre pire. 

Les semaines passent, alternance entre les jours avec et les jours sans : crises de vomissements/période de jeun sur 1/2/3 jours. 

Samedi 22 juillet 2018, je suis à 25 sa + 5, chaude journée d’été, repas chez des amis, lorsque je ressens une terrible douleur sous les côtes (douleur en barre) impossible de manger, je consulte le médecin de garde, Doliprane, nuit blanche/vomissements… et les douleurs vont disparaître le lendemain. 

Le mardi, à nouveau, je suis prise de douleurs, toujours cette douleur en barre. Je décide de me rendre à l’hôpital, prise de sang, contrôle… RAS je repars avec un traitement contre les douleurs pour l’estomac. Sur le retour, je m’arrête plusieurs fois pour vomir et j’enchaîne les nuits blanches. La douleur est intense, je pleure énormément et le vendredi, mon conjoint me ramène à l’hôpital, où je suis hospitalisée. Mais pour le personnel soignant, il n’y a rien car il ne trouve rien.

Je demande à rentrer à la maison, et je leur dis que « pour faire mon cinéma, autant être chez moi ». Je ne dois pas hésiter à revenir selon eux, dans ma tête je suis déjà fermée à cette option, sachant que personne n’arrive à me soulager.

Une semaine que je supporte les douleurs, mon état se dégrade rapidement, je ne mange quasiment plus rien, je n’ai plus d’énergie, je ne dors quasiment plus. Lundi, mardi, mercredi, jeudi (je trouve la force de me rendre au labo pour la prise de sang, le test glucose attendra), vendredi (mon état devient critique) mes parents me conseillent de voir le médecin traitant, je suis donc à 27 sa + 3.

Je lui explique que je souffre terriblement, lui explique où se situe la douleur, et elle commence par me faire une leçon de morale, en m’expliquant que je devais supporter la grossesse, qu’effectivement ce n’est pas toujours facile…qu’il faut que je me force à manger.  

Je suis effondrée, en pleurs sur ma chaise, puis elle m’ausculte, prend ma tension qui est haute. Elle me dit de reprendre ma tension le lendemain et de consulter si la tension est toujours aussi haute. Je dis à ma maman en sortant du rendez-vous que je pense être en train de faire une pré-éclampsie (pour avoir vu cela dans une série, merci mes souvenirs de Grey’s Anatomy). 

Le lendemain (samedi 4 août) : le teint gris, difficulté à me tenir debout, tout devient une épreuve, ma mère arrive à me convaincre de voir un autre médecin, j’ai attendu 3h en salle d’attente, je passe la porte et celui-ci refuse de me prendre en charge, je m’effondre en larmes, il m’explique calmement que son refus est tout simplement lié au fait que vu mon état, mon teint, il faut immédiatement que j’aille à l’hôpital. À mon tour, je lui explique qu’il est impossible pour moi d’aller dans un hôpital où personne ne m’écoute et prend mon état au sérieux. 

Finalement, nous allons nous rendre dans un autre hôpital, à 1h/1h30 de route de la maison, où je vais être mise à la porte, n’étant pas de la région, je n’ai rien à faire ici. 

Il sera décidé par des membres de la famille, de s’arrêter en bord de route, de contacter les secours et ma prise en charge va littéralement changer à partir de ce moment-là. 

Les choses s’enchaînent, contrôle, prise de sang, prise de tension qui montait très haut. Ils m’annoncent, dans un premier temps que je vais monter en chambre, qu’on va me donner quelque chose pour les vomissements et soulager mes douleurs d’estomac. Parfait. Une petit écho, tout est parfait, le personnel attend seulement les résultats de la prise de sang. 

Alors que j’ai renvoyé ma famille à la maison, coup de speed, rien ne va plus, on m’annonce un transfert en urgence dans une maternité pouvant accueillir mon bébé, injection pour la maturation des poumons, le Samu arrive, je suis ligotée dans un brancard. Le personnel m’explique brièvement les choses. Le cerveau n’a pas le temps de percuter, je me revois étrangement calme, (est-ce le fait d’être enfin prise en charge après ces deux semaines chaotiques ?!).

00h15 : j’arrive directement au bloc, ils sont tous là à m’accueillir, on avait dû m’expliquer que j’allais devoir accueillir mon enfant, pourtant je pensais pouvoir aller dormir un peu avant, en plus, pour la petite anecdote : j’avais besoin de faire pipi, je ne comprenais pas pourquoi on ne me « libérait » pas au moins le temps d’aller aux toilettes. Je panique. On ne peut pas attendre le papa. Ma famille est en route, mais trop loin pour être là à temps. On ne peut pas attendre car je vais mourir si on attend. Heureusement, on avait choisi un prénom. Je suis prise en charge, j’essaye de me détendre à nouveau. La césarienne débute, et je hurle du début à la fin. Dimanche 5 août 2018, à 1h23, Leny est là, ce bébé de 36 cm et 955g, né à 27 sa + 5. Suite à une hémorragie de la délivrance, le médecin m’endort, je n’aurai vu personne cette nuit-là. Mon fils sera amené en réanimation néonatale et moi en réanimation, où je me réveille quelques heures plus tard, en n’osant demander des nouvelles de mon enfant, on m’expliquera à ce moment : la pré-éclampsie et le HELLP syndrome, les fameuses douleurs appelées barre épigastrique (et non pas un mal d’estomac). 

Cette mauvaise prise en charge dès le départ a fait que je ne voulais plus me rendre dans mon hôpital de proximité. Six ans après, je peux vous certifier que sans l’entêtement de ma maman, ce samedi-là, je n’aurais pas consulté de nouveau, et j’aurais perdu la vie dans la nuit de ce 5 août 2018. 

Je connais mon corps, j’ai senti dès l’apparition de cette barre épigastrique qu’il y avait un problème important, mais c’était ma 1ère grossesse, alors j’ai fait confiance aux soignants, car eux ils sont censés savoir, et puis par manque d’informations, et aussi parce que je n’ai pas su trouver les informations nécessaires pour moi au moment où j’en avais le plus besoin bref pour pleins de raisons je n’ai pas su me faire entendre. 

Leny est resté 1 mois en Réa N.N, 1 mois en soins intensifs et 17 jours en neonat’.

À ce jour, Leny est mon unique enfant. Traumatisée par ce vécu, je n’ai jamais réussi à passer au-dessus de cette épreuve. 

Parce qu’on pense toujours que ça n’arrive qu’aux autres, jusqu’au jour où les autres, c’est toi.

Merci pour le travail formidable de votre association. »

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