Adeline pensait vivre un accouchement naturel. Elle n’avait pas imaginé devoir subir une césarienne d’urgence, en quelques minutes, entre la vie et la mort.
Le témoignage d’Adeline est celui d’un combat, d’une urgence vitale, d’un choc. Mais aussi celui d’une mère, d’un bébé guerrier, et d’un traumatisme qui laisse des traces.
Merci à elle d’avoir trouvé la force de témoigner.
« On a appris ma grossesse au retour de notre voyage de noces. On était tellement heureux. Un début qui se passe bien malgré des nausées quotidiennes. Je souhaitais un accouchement physiologique.
Lors de l’écho du 2ᵉ trimestre, on apprend que notre bébé a un RCIU. Pour le moment, pas d’inquiétude, il reste dans la courbe, donc on veut me faire une écho tous les mois.
Je commence à voir des mouches devant les yeux, à avoir des œdèmes aux mains. Je pensais que c’était juste la grossesse.
Je parle des œdèmes à ma sage-femme. Pour elle, c’est dû à la grossesse car je n’ai pas de protéines et ma tension est bonne.
Arrive l’écho du 3ᵉ trimestre : le poids du bébé n’est pas bon, on m’envoie voir un gynécologue.
Il constate le RCIU, me demande s’il y a eu des prééclampsies dans ma famille. Je réponds que non.
Il me prescrit un bilan sanguin et me dit qu’en fonction des résultats et de l’écho de contrôle le mois suivant, on déclenchera peut-être l’accouchement. Mais pour le moment, il ne voit pas de contre-indication à un accouchement physiologique. Il me dit de rester couchée le plus possible.
Mes bilans sanguins sont bons, donc on attend l’écho de contrôle.
J’ai toujours les effets brillants devant les yeux, les œdèmes aux mains, mais rien de plus.
Quelques jours avant l’écho de contrôle, j’étais positive. Je me disais qu’il allait prendre du poids, qu’il allait naître à terme et que j’aurais l’accouchement que je souhaitais.
Puis arrive le 23 septembre, jour de l’écho de contrôle. L’échographiste était très inquiète : le poids du bébé est en dessous de la courbe, inférieur au 3ᵉ percentile. Elle appelle les urgences de la maternité. La gynécologue de garde veut qu’on me fasse une écho spécialisée. L’échographiste m’envoie quand même aux urgences. On me fait un test urinaire, on pose le monitoring. La sage-femme appelle mon gynécologue, qui fixe un rendez-vous le lendemain soir. Elle me dit que ce n’est pas grave, mais inquiétant. Elle me prépare psychologiquement à un déclenchement : je n’irai pas à terme.
Je sors des urgences. L’échographiste m’appelle : j’ai une écho spécialisée le lendemain matin.
Le 24 septembre, je vais à l’écho. Là, elle trouve un poids inférieur à celui de la veille. Elle me dit que j’ai l’utérus très contracté, que je dois retourner aux urgences, et qu’elle contacte mon gynécologue et les sage-femmes de la maternité.
On arrive aux urgences, et là tout s’accélère. On me fait plein d’examens. On m’annonce que le rythme cardiaque de mon bébé n’est pas bon, que son pronostic vital est engagé, que je fais de l’hypertension, que mes reins commencent à dysfonctionner, que mes plaquettes baissent.
Ils ne veulent pas déclencher l’accouchement, ce sera une césarienne en urgence. Je m’écroule.
D’un coup, je ressens des contractions régulières et intenses. Je ne comprends pas : mon col est fermé, je ne suis pas en travail. Je sens quelque chose couler. Je pense que je perds les eaux — mais non, je saigne.
Je suis en état de choc. En quelques minutes, j’étais au bloc.
J’ai vécu l’horreur pendant la césarienne. Ils m’ont mis sous gaz hilarant tellement j’étais mal.
Malgré tout, la césarienne se passe bien. Mon fils est né à 36 SA. Il pèse 2,220 kg, mais il respire à peine.
Ils l’amènent au pédiatre, et ils arrivent à le faire respirer tout seul.
J’ai quand même pu faire du peau à peau et la tétée de bienvenue avant d’aller en salle de réveil.
On est restés 8 jours en néonatalogie. Mon bébé est un warrior, il a réussi à prendre du poids rapidement.
J’ai continué à faire de l’hypertension pendant le séjour, et mes plaquettes ont mis un peu de temps à remonter.
Le gynécologue nous a informés que j’avais fait une prééclampsie avec complication HRP et début de HELLP syndrome.
Aujourd’hui, nous allons bien — du moins physiquement.
Psychologiquement, je suis traumatisée.
J’ai fait de l’EMDR. J’ai moins de flashs de la naissance, mais je garde des séquelles.
J’ai peur qu’il arrive quelque chose à mon bébé très souvent. »