Deuil périnatal, pré-éclampsie et grossesse d'après

« On ne peut pas savoir de quoi demain sera fait, mais tout est possible. »

Après un parcours de PMA, Elodie et sa femme ont vécu un deuil périnatal pour leur 2ème grossesse à cause d’une pré-éclampsie précoce et sévère compliquée d’un HELLP syndrome. Elodie témoigne aussi de sa grossesse d’après sans récidive et de la naissance de leur bébé arc-en-ciel. Douces pensées pour leur petit ange.

« Je m’étais promis que le jour où notre famille serait au complet, je viendrais témoigner ici de mon expérience de la pré-éclampsie.
Nous sommes deux mamans. Pour avoir nos enfants, nous avons eu recours à une PMA à l’étranger. C’est ma femme qui a porté notre premier enfant. Augustin est arrivé sans encombre en 2017.

Deux ans après, l’envie du 2ème se fait sentir. Cette fois, c’est moi qui vais porter la vie. On repart en Belgique, et après plusieurs essais, je tombe enfin enceinte. La grossesse se déroule à merveille, tout se passe bien. Jusqu’au 1er janvier 2020.

Des signes inquiétants très précoces

Dans la soirée, je me rends compte que mes chevilles sont gonflées. Je sais que les œdèmes, c’est courant mais je ne suis pas sereine. En me couchant, je réalise surtout que je n’ai pas beaucoup senti ma fille bouger aujourd’hui. S’en suit une nuit affreuse, d’angoisse, à essayer de faire bouger mon bébé. Mais rien… Nous n’irons aux urgences que le lendemain matin.

À l’échographie, on perçoit un battement de cœur. On souffle ! Mais aux examens de routine, ma tension est beaucoup trop élevée. Je suis à 18 de tension. Et la bandelette urinaire révèle des protéines trop élevées. On m’annonce que je fais une pré-éclampsie… Je réalise alors qu’en plus des œdèmes, le mal de crâne que j’avais à cause de la tension et la barre épigastrique ne sont pas uniquement les effets de mon angoisse. Mon gynécologue fait alors une échographie plus poussée. Notre fille est en grande souffrance… On me parle de transfert, de rencontre très prochaine avec notre fille… Cela nous semble irréel, je n’en suis qu’à 25SA+6… Et je n’ai rien vu venir…
J’ai le droit à une nouvelle échographie pour préparer mon transfert et là, douche froide… La gynécologue de garde annonce froidement : « Vous êtes sûre qu’il y avait une activité cardiaque tout à l’heure ? Moi je ne vois rien. » Sur le coup, on ne la croit pas…mais notre gynécologue confirmera le diagnostic… Notre fille aura pris le temps de nous faire son dernier adieu à l’échographie d’avant pour partir dans les étoiles.

La suite c’est qu’il fallait d’urgence me faire accoucher… Cela a été affreux et beau à la fois de me retrouver propulsée dans cet accouchement catastrophe, de devoir sortir ma petite fille de ce ventre qui l’avait tuée… L’accouchement en soi c’est bien passé. Le personnel a été adorable avec nous. Notre petite Faustine est arrivée sans un bruit le 3 janvier 2020. Nous l’avons eu avec nous, dans nos bras, nous l’avons découverte, déjà si parfaite malgré son petit corps. Nous l’avons aimée si fort tout de suite.
Je suis restée une grosse semaine à l’hôpital car ma tension ne baissait pas vraiment malgré les médicaments… Quatre jours après avoir accouché, je referai une crise horrible, à monter à 22/10 de tension… Mais suite à cela, mon état se stabilisera.

J’apprendrai par la suite, qu’en plus de la pré-éclampsie précoce, j’ai apparemment fait un HELLP syndrome. Mais je ne saurai jamais exactement ce que cela a engendré. L’essentiel pour moi c’est que je n’aurai aucune séquelle de la pré-éclampsie.

La grossesse d’après

Il m’aura fallu une grosse année pour cheminer avec ce deuil, me sentir prête à repartir en Belgique, me sentir prête et refaire confiance à mon corps. Car l’envie d’un autre enfant vivant a été présent très rapidement malgré tout. Avec cette envie de donner la vie, de me réparer. Je ne pouvais pas imaginer n’avoir que donner la mort… À l’hôpital, on m’avait dit que, vu la précocité de ma pré-éclampsie, j’avais de forts risques d’en refaire une pour une prochaine grossesse. J’ai donc eu besoin d’être bien accompagnée pour me relancer dans l’aventure.

J’ai fait de l’hypnose qui m’a beaucoup aidée avant de repartir en PMA. Et en juin 2021, je tombe enceinte. Je m’étais préparée à vivre une grossesse compliquée, parsemée d’angoisse. C’est pourquoi là encore, j’ai choisi de me faire accompagner par une doula. Cela a tellement été un merveilleux cadeau de l’avoir à mes côtés. Grâce à elle, j’ai pu avoir des clefs pour vivre une belle grossesse, globalement ! Alors oui, j’ai eu des moments d’angoisse mais beaucoup moins que je ne l’imaginais. Je profitais de chaque instant. Chaque nouvelle étape était une victoire. Et pourtant, le tensiomètre était au pied du lit. Je prenais ma tension très régulièrement. Celle-ci n’aura jamais bougé. Il n’y aura eu que les protéinuries qui n’étaient pas top mais j’étais bien surveillée. J’ai pris de l’Aspegic™ nourrisson dès le début et jusqu’à 35SA. J’ai eu des échographies de contrôle en plus. Et à partir de 28SA, une sage-femme venait à la maison toutes les semaines pour des monitorings. Je suis allée jusqu’à 38SA+4 où j’ai pu avoir un déclenchement parce que notre fille faisait des extrasystoles mais aussi, à cause de nos antécédents. Le 22 février 2022, on m’a percé la poche des eaux et à peine deux heures après, notre petite Célestine, notre bébé arc-en-ciel, venait illuminer notre vie et surtout compléter notre famille !

À l’époque, je cherchais ces témoignages qui redonnaient de l’espoir. Aujourd’hui, je suis heureuse de pouvoir le faire !

Oui, la pré-éclampsie est terrible et peut avoir des conséquences affreuses. Notre petite Faustine en a malheureusement fait les frais…mais je voudrai dire à toutes ces mamans qui voudraient retomber enceinte et qui sont terrifiées à l’idée d’avoir une récidive : on ne peut pas savoir de quoi demain sera fait, mais tout est possible. J’étais persuadée de refaire une pré-éclampsie et finalement, non ! Le plus important c’est d’être accompagné tant sur le plan physique, en multipliant les examens ; que sur le plan psychologique, pour vivre au mieux la grossesse d’après.
Aujourd’hui je suis fière d’avoir donné la vie, d’avoir accouché sans péridurale, et aussi de ne pas avoir eu de récidive de pré-éclampsie. »

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