Pré-éclampsie : un cœur, 2 combats, une force infinie

En septembre 2021, Claire vivait l’impensable : une pré-éclampsie sévère, un HELLP syndrome, un hématome rétro-placentaire. Sa fille, Victoire, naît à 33 SA+4, dans l’urgence, dans l’inconnu, dans la peur.

Mais déjà, Victoire portait bien son prénom 💪❤️

Quelques années plus tard, une nouvelle grossesse, pleine de doutes… et de lumière.
Merci à Claire de nous faire une nouvelle fois confiance en partageant ce second témoignage si intime.
Un récit bouleversant, empreint de courage et de tendresse.

« J’ai fait une pré-éclampsie sévère compliquée d’un HELLP syndrome et d’un hématome rétro-placentaire en septembre 2021, j’ai accouché par césarienne en urgence de ma fille, ma Victoire, à 33 SA plus 4 jours.

Après une séparation de 6 jours à cause de mon état de santé, et 6 semaines de néonatalogie, nous sommes rentrés à la maison. 

Elle a maintenant 3 ans et demi, et est en pleine forme. C’est une petite fille solaire, sensible, avec un sacré caractère ! Une petite fille aimante, douce, joyeuse, qui chante et qui danse. Elle nous dit qu’elle nous aime, jusqu’aux étoiles.

Notre Victoire, notre premier bébé.

De la prématurité, avec son retard de croissance intra utérin, elle a gardé un petit appétit. Nous nous sommes battus pour qu’elle mange. A 1 an, elle ne tolérait pas les morceaux. Nous avons vu deux orthophonistes pour bilanter des éventuels troubles de l’oralité. Nous avons dû la complémenter avec du délical, pour augmenter l’apport calorifique de ses repas, parce qu’elle avait cassé sa courbe de poids. Je l’ai allaitée jusqu’à ses deux ans.

Personne ne nous a prévenu que la prématurité et le RCIU pouvaient avoir un impact sur l’alimentation. 

Aujourd’hui, le plus dur est derrière nous. 

Il reste les troubles du sommeil, et nous nous questionnons sur l’impact de la séparation durant ses 6 premiers jours de vie. 

En 2022, à ses 1 an, avec mon mari nous avons souhaité que Victoire devienne grande sœur. Je suis tombée enceinte rapidement, 3 mois après le retrait de mon stérilet. 

Durant toute la grossesse, j’ai été suivie en maternité de niveau 3, en grossesse pathologie. J’ai pris de l’aspegic nourrisson jusqu’à 35 SA. 

Ma grossesse s’est bien déroulée, à part quelques désagréments (la fatigue d’avoir un premier enfant, les nausées du premier trimestre, etc).J’ai eu beaucoup de difficultés à me projeter dans cette grossesse.

J’ai fait moins de photos, je n’ai pas écrit à mon bébé, je ne prenais pas de temps pour la sentir bouger, je ne savais pas à quelle semaine j’en étais. Je me suis même demandé si nous n’avions pas fait de bêtise à vouloir un deuxième enfant, nous venions de trouver un équilibre à 3 et le bébé allait tout chambouler…

J’ai arrêté d’allaiter mon aînée, enceinte de 5 mois, à cause d’une aversion. Je me suis demandé si j’allais aimer cet enfant aussi fort que mon premier bébé. Je craignais que la pré-éclampsie revienne, aussi sournoisement que pour Victoire. 

Et puis les semaines ont passé, le cap des 33 SA plus 4 jours est passé. Puis celui des 37 SA, et je me suis apaisée. 

À 38 SA, le 25 décembre 2023, j’ai eu des démangeaisons au niveau des paumes de mains et des pieds. Des démangeaisons à en faire des insomnies. 

J’ai compris que c’était peut-être une cholestase gravidique.

Le 26 décembre 2023, je me rends aux urgences avec mon mari, on me fait des tests, tout va bien mais je dois revenir le lendemain pour une prise de sang à jeun.

Le 27 décembre, je retourne aux urgences de la maternité. 

Mes acides biliaires sont un peu plus élevés que la normal, le diagnostic de cholestase gravidique tombe. Je suis seule, mon mari est avec mon aînée. Je m’effondre. Je trouve ça terriblement injuste. 

J’ai encore une pathologie liée à la grossesse.

J’ai le choix entre un séjour en grossesse à risque et un déclenchement au vu du terme. Je choisi le déclenchement. Je veux rentrer le plus vite possible auprès de mon aînée, et j’ai envie d’accoucher, je suis fatiguée. La sage femme me fait un décollement des membranes, puis je pars chez moi rassembler mes affaires et faire un dernier bisou à ma fille. 

Le 27 décembre, à 17h30, je suis admise en prétravail. 

On me pose un ballonnet pendant 24 heures. Je n’ai le droit qu’à des déclenchements mécaniques, utérus cicatriciel oblige.Je contracte pendant 3 heures puis plus rien.

Le 28 décembre 2023, je n’ai aucune contraction. Une amie dont le terme était le 27 décembre à été admise en prétravail également. Elle souffre, ses contractions sont régulières et fortes, mais le col ne bouge pas. J’aimerai qu’elle me donne ses contractions, pour que mon col puisse bouger, pour être actrice de mon accouchement. 

J’avais fait le choix d’un accouchement physiologique, avec mon mari on s’y était préparé. On avait fait une préparation avec une sage femme libérale formidable qui a le formation bonapace. Une sage femme qui m’avait d’ailleurs suivie en grossesse pathologique lors de mon séjour en 2021.

Le déclenchement ne faisait pas parti de nos plans, mais on savait qu’il y a toujours une part d’inconnu lors d’un accouchement. 

Après une journée d’attente, on me retire le ballonnet, la sage femme est très gentille, elle me dit qu’on va pouvoir avoir accès à la salle nature et qu’on accouchement sans péridurale est envisageable. Nous sommes heureux. 

On attend, mais la salle nature n’est pas disponible, et je n’ai toujours pas de contractions.

Le 29 décembre matin, on fait un contrôle puis on passe en salle nature. 

La sage-femme qui nous accompagnera s’appelle Juliette. Elle est douce et gentille. Elle me perce la poche des eaux vers 12h, mais je n’ai toujours pas de contractions. Elle décide alors de me mettre une perfusion d’ocytocine. J’accepte. Et puis les contractions arrivent, je me mets dans ma bulle. Je vocalise, je tiens mon peigne. Mon col bouge, les contactions sont intenses, comme elles ne l’ont jamais été. Je souffre, mon mari ne sait pas quoi faire pour m’aider.Aucune position ne m’est antalgique. Je passe du quatre pattes, à sur le côté, à sur le dos. 

Je demande à mon mari d’appeler la sage femme, je demande la péridurale. Je suis à 6, le travail avance bien, elle m’encourage. Je tiens bon, mais quelques minutes après je n’en peux plus. 

Je suis à 8, la sage femme appelle l’anesthésiste qui n’arrive pas tout de suite car elle est en consultation.

À son arrivée, je suis à 10. Je l’entends dire dans le couloir que c’est super par rapport à mon projet. Elle s’en va, je reste dans ma bulle.

Et viens le moment de pousser, je pousse. J’hurle. Je grogne. Mon mari m’observe, impuissant. Il est là, je suis en confiance, dans ma bulle. Je sais qu’il est à côté de moi. 

Je pousse du mieux que je peux, mais je ne sens pas mon bébé descendre. 

Je pousse encore, mais elle ne s’engage pas. Je pleure, pourquoi j’ai voulu un accouchement physiologique ? 

La sage femme me fait un touché vaginal, mon mari voit les cheveux de notre fille. 

Après quelques temps, qui m’ont semblé être des heures, la sage femme revient. Elle comprend que quelque chose ne va pas. Elle nous dit qu’elle regarde vers les étoiles et que c’est peut-être ça qui ne facilite pas l’engagement dans le bassin. 

Après un énième touché vaginal, toujours fait à ma demande, elle sent l’orbite de notre fille. 

Après une échographie, elle détermine que notre fille se présente par le front. 

Elle appelle l’interne qui constate la même chose. Puis la gynécologue de garde arrive, le verdict tombe, ça sera une césarienne. Je pleure, notre projet d’accouchement physiologique s’éloigne. 

Les contractions sont toujours là mais je ne les supporte plus. Elles me font mal alors que je ne pourrais pas accoucher par voix basse. Je hurle.. Je hurle, en allant au bloc… 

La sage-femme me demande de continuer à gérer les contractions comme en salle de naissance. Je vocalise, je sers mon peigne.

J’arrive au bloc, on me fait une rachianesthésie. Les contractions s’en vont. Mon peigne est toujours avec moi. La gynécologue nous demande si nous avons des souhaits. Nous avions réfléchi à une césarienne participative. 

Nous souhaitons que je pousse pour l’aider à sortir, baisser les champs lors de la sortie de notre fille, clamper tardivement le cordon, faire une empreinte placentaire, faire du peau à peau.

Tout a été respecté. J’ai poussé, et ri car je ne sentais rien. J’ai vu ma fille sortir. On l’a posée sur moi. Puis papa l’a prise en peau à peau car je tremblais avec l’anesthésie et je ne me sentais pas bien. Et puis, on est allés à 3 en salle de naissance. J’ai pu donner la tétée d’accueil en salle de naissance. 

Elle est née à 17h40 le 29 décembre 2023. Elle pesait 3kg298 pour 50,5 cm. Elle est née à 38 SA plus 6 jours. 

Cet accouchement, même s’il ne s’est pas déroulé comme je l’aurai aimé, a permis de guérir certaines blessures. Je n’ai jamais été séparée de ma Clémence. 

Les suites de couches ont été douces. L’équipe de la maternité a été bienveillante. J’ai fêté le nouvel an en tête à tête avec mon bébé.

Nous sommes sortis le 1er janvier, soit un peu moins de 3 jours après l’arrivée de Clémence. 

Ma deuxième grossesse s’est mieux passée que la première, ma deuxième fille n’est pas née prématurément. Nous sommes sortis, 3 jours après sa naissance, pour pouvoir nous retrouver à quatre à la maison. 

Les premiers mois n’ont pas été faciles, Victoire a été, et est encore (de temps en temps), jalouse. Au début elle a frappé sa petite sœur. 

Et puis 14 mois ont passés, et je sais qu’elle aime sa sœur. Elle la surnomme Clémence boubou, Clémence boumboumboum, Cléboum. 

Cette deuxième grossesse a permis d’apaiser mon cœur de maman. Et ce deuxième enfant m’a permis de vivre pleinement le quatrième trimestre de la grossesse.

Toutes mes interrogations, mes questions, sur ma capacité à aimer un deuxième enfant, ont été balayées. C’est comme ci elle avait toujours fait parti de notre famille. 

Cette deuxième grossesse sera ma dernière grossesse. Et j’aurai toujours le regret de ne pas avoir pu accoucher par voie basse, de ne pas avoir pu prendre mon bébé par les épaules. Il y a peu, j’ai lu que les femmes qui accouchaient par césarienne pouvaient attraper leur bébé sous les épaules pour le poser conte soi, si j’avais su ça j’aurais tellement aimé le faire… 

Cette deuxième grossesse m’a permis de vivre une grossesse non écourtée. Car pour Victoire, j’ai eu l’impression qu’on me volait mon accouchement (que je voulais physiologique), mon début de parentalité, ma fin de grossesse. J’ai eu beaucoup d’amertume en pensant à cette fin prématurée.

Clémence est un bébé qui tète facilement, qui a dormi sur de longues plages horaires rapidement, qui est douce, paisible. La Clémence incarné. 

À 14 mois c’est une petite fille pleine de vie, qui escalade tout ce qu’elle peut ! 

Victoire est une grande sœur formidable, protectrice avec sa petite sœur boubou. 

Notre famille est au complet. Nous sommes des parents heureux, et fatigués 😅 »

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