Témoignage d'Elodie D.

Pré-éclampsie : prise en charge tardive

« Dernier trimestre 2022, avec mon chéri, on se dit que tout est parfait pour se lancer dans la grande aventure et faire un bébé. Très vite, je tombe enceinte. La grossesse se passe extrêmement bien du bonheur à l’état pur.  Les résultats prise de sang et échographie sont parfaits. Je vais à l’aquagym toutes les semaines.

On fait le choix de ne pas connaître le sexe de notre petite croquette. Au 5ème mois, mon suivi n’est plus fait par ma gynécologue mais par la maternité. Je ne suis pas trop convaincue mais c’est comme ça, pas le choix. Lors de la première consultation, on m’informe que je dois prendre une sage-femme en libéral en plus, car le manque d’effectif ne permet pas à l’hôpital de proposer les cours de préparation à l’accouchement. Je suis un peu stressée, j’ai maintenant 39 ans, je suis en surpoids (obésité depuis longtemps). Je trouve qu’il y a trop de personnes qui interviennent dans ma grossesse sans que pour autant j’ai l’impression d’être bien suivie. Je trouve que tout est décousu. Mais tout va bien, l’écho du deuxième trimestre est parfaite.

Le dernier trimestre approche, dernière écho le 7 juillet, bébé va bien, il a la tête en bas, terme prévu le 10 septembre. À la consultation de mi-juillet, j’ai quelques œdèmes aux jambes. Ma prise de poids est stable – environ 1kg par mois – les protéines sont légèrement montées à peine au-dessus de la normale – mais au-dessus quand même – j’ai quelques gênes urinaires. Je demande si cela peut venir d’une infection urinaire. Réponse : oui, c’est possible. Ça n’ira pas plus loin. La consultation aura durée 10-15min.

Dernier mois, la chaleur est arrivée, il fait 40°, nous sommes en plein mois d’août, le 14, c’est ma dernière consultation médicale programmée avec un médecin que je n’ai jamais vu. J’ai beaucoup d’œdèmes, surtout au niveau des jambes. Sur la balance je suis surprise, j’ai pris presque 4kg. Les protéines sont toujours légèrement au-dessus mais stables par rapport au mois précédent. Le médecin prend ma tension, écoute le cœur de bébé.  Elle a du mal à le trouver, elle me demande s’il est bien en position tête en bas, je lui réponds que oui, à la dernière écho début juillet il avait bien la tête en bas. Elle finit par trouver le cœur. Fin de la consultation, pas d’écho. Elle me donne un rdv pour le jour du terme.

Dernière semaine avant le terme, la nuit du mardi au mercredi ne se passe pas bien, je me sens oppressée. Ma maman me prête son tensiomètre : 12/8. La nuit du vendredi au samedi, idem, je me réveille, je ne suis pas très bien. Je ne sens pas mon bébé bouger comme d’habitude. Je prends ma tension : 17/10. On décide avec mon chéri de partir à la maternité. J’ai toujours beaucoup d’œdèmes. Arrivée à la maternité, c’est calme il est 12h15, on nous installe dans une grande salle à 3 boxes. On me fait un test urinaire. On me pèce, j’ai pris 7kg depuis la dernière consultation. Le monitoring est normal. C’est la sage-femme qui a fait mes échographies qui est de garde pour la salle de naissance, je suis contente, je me sens en confiance. À l’échographie, bébé ne bouge pas pendant 20 min, il n’a presque plus de liquide amniotique (je ne le saurai qu’en lisant mon compte-rendu de sortie) et surprise, il est en siège ! Son petit cœur bat bien. La gynéco vient nous voir, elle m’annonce que mes protéines sont cent fois au-dessus de la normale, que je fais une pré-éclampsie. Le verdict tombe, j’aurai une césarienne en urgence dès que le bloc sera libre.

Samedi 9 septembre, 18h53, Misha, un magnifique petit garçon de 3,180kg et 50 cm est né, pour le plus grand bonheur de son papa et de sa maman. Je passe en salle de réveil normalement, ni bébé ni papa ne peuvent venir, c’est un bloc polyvalent qui n’est pas réservé qu’à la maternité. Heureusement l’équipe s’organise et on a le droit à une petite entorse au règlement. Je peux profiter un peu de mes 2 hommes mais pas pour longtemps. 1ère claque, ma tension ne baisse pas, je vais devoir aller en soins continus. 2ème claque, mon bébé et son papa iront eux à la maternité. On m’explique que je pourrai revoir mon mari mais que bébé n’est pas autorisé à aller aux soins continus. Je ne pourrai le revoir que lorsque j’aurai le droit de sortir des soins… 3ème claque, je voulais allaiter, je ne sais pas comment on va faire … On ne me dit rien, je suis perdue, je suis dans les vapes…

1h00 du matin, l’infirmier passe faire les soins et me demande si je veux voir mon bébé. Quelle question ! Le chef de service est occupé sur une urgence, il en a pour longtemps. L’équipe brave l’interdiction et fait venir mon mari et mon bébé. Moment de bonheur court mais tellement important. Ils resteront 1h avec moi.

Dimanche matin, on ne me dit rien, pas d’infos sur ma remontée en maternité. Le chef de service confirme que les bébés ne sont pas autorisés et que ça sera comme ça, même si cela doit durer 48h. Je m’impatiente, pleure, mon mari vient me voir seul. 14h30, au changement de l’équipe médicale, on m’autorise à monter en maternité avec un traitement per os. Enfin je peux être maman et m’occuper de mon bébé. Les jours qui suivent, on surveille ma tension régulièrement et réadapte le traitement plusieurs fois.

On sort mercredi de la maternité avec un allaitement mixte. On a trouvé un petit équilibre.
On est tellement heureux de rentrer tous les 3 à la maison pour démarrer notre nouvelle vie.
Nuit de mercredi à jeudi, je m’allonge mais je me sens oppressée, j’ai l’impression de ne pas réussir respirer. Je ne peux pas m’allonger. Je me sens tellement mal. Au bout d’un moment qui me semble interminable, je me sens mieux, je m’endors en position semi-assise dans le canapé. On en rediscute le matin, j’appelle la maternité qui nous demande de venir faire un contrôle.

Arrivée aux urgences maternité, on fait un test urinaire, j’ai toujours des protéines dans les urines. On surveille ma tension un moment. Je ne me sens pas trop mal, je m’endors un peu sur le brancard. Le médecin vient me faire un électrocardiogramme. La tension est un peu élevée et mon rythme cardiaque est autour de 102 pulsations (au repos complet) … On me dit que c’est la fatigue, le stress dû à la naissance et les modifications hormonales… Bref, c’est le post partum, il faut déstresser … Les jours se suivent et se ressemblent, j’ai du mal à respirer dès que je m’allonge ou que je me bascule en arrière. J’arrive à dormir un peu assise, penchée sur la table de la salle à manger ou sur le lit de mon petit Misha. Mon médecin augmente le traitement pour la tension. Je revois mon médecin le mardi 19, Misha a 9 jours. Elle me trouve mieux au niveau tension mais trouve que j’ai beaucoup d’œdèmes au niveau des jambes – en même temps je ne m’allonge quasiment jamais sinon je ne peux pas respirer. Elle ausculte mes poumons, RAS. Je lui dis que ma saturation est descendue à 88. Elle me répond que ce n’est pas possible car si c’était le cas, ce serait grave. Je sors de consultation.

Mercredi 20, Misha a 10 jours … Je survis … La nuit a encore été un enfer. Mes parents viennent nous voir. C’est tendu avec mon chéri, il ne comprend pas pourquoi je suis dans cet état, il me dit de détresser… Je lui dis que je suis tellement fatiguée. Je ne dors pas. Je suis essoufflée au moindre effort depuis mon retour de la maternité. Je ne peux pas monter les escaliers de la maison. Maman prend le relais avec petit chou pour nous offrir le temps d’une sieste. 20 min plus tard, je suis déjà débout, je ne peux pas respirer. Je décide de prendre le taureau par les cornes et de combattre le stress. Je tente de joindre la psychologue de la maternité à qui je laisse un mail. J’envoie un message à la sage-femme libérale qui m’a vue au cours de préparation et lors de la visite à domicile après l’accouchement. Elle me conseille de l’homéopathie et de voir un psy : « Si vous avez peur qu’il vous arrive quelque chose de grave, voyez avec votre médecin pour un traitement léger pour calmer vos angoisses et/ou rencontrer une psychologue. »

Je pars à la pharmacie avec mon papa… J’ai terriblement du mal à respirer. La pharmacienne s’inquiète, trouve que je suis très essoufflée. Je lui explique que j’ai vu le médecin la veille, … Je repars avec mon homéopathie. Arrivée à la maison, ma maman est inquiète. Elle me trouve très mal, elle insiste pour que je rappelle mon médecin, ce que je finis par faire. Elle me conseille d’appeler le 15. Avec mon chéri, on s’occupe de petit chou, je veux m’occuper de lui, j’en ai besoin. J’ai peur, je ne veux pas retourner à l’hôpital. Je me sens tellement mal. Peur que ce soit dans ma tête. Elles me l’ont dit à la maternité : « Vous allez avoir le contre-coup », « C’est le post partum », « les hormones » … Et tout ce qu’on entend à la télé, la dépression, … 20h00, J’appelle le 15 … Le verdict tombe : ils m’envoient une ambulance, il faut retourner à l’hôpital.

Les pompiers arrivent 45 min plus tard. Je ne suis pas au mieux de ma forme mais on va dire que je suis dans une phase pas trop mal. Ma tension est élevée, mon pouls également et filant, ils ont du mal à le prendre, saturation à 94%. Direction l’hôpital, je dois laisser mon bébé et son papa. J’ai le cœur brisé. 22h30 environ, j’arrive aux urgences. Depuis quelques minutes dans l’ambulance, je me sens moins bien. Devant l’IAO, ma saturation est tombée à 90%. On me met de l’oxygène, direction le déchocage. Je suis la seule patiente, l’équipe s’occupe de moi. J’envoie un message à mon chéri. On refait l’historique depuis mon accouchement, perfusion, bilan sanguin. Je me sens de moins en moins bien, j’ai de plus en plus de mal à respirer. Radio pulmonaire prise au vol d’une inspiration plus que douteuse. Ma saturation diminue, 88… J’ai de plus en plus de mal à respirer, j’ai des sueurs. Je suis assise au bord du brancard, je ne peux pas m’allonger … Je tiens l’urgentiste par les épaules pour me donner la force de respirer, chaque inspiration me paraît insurmontable, je force de plus en plus. Je suis en sueurs, je suis marbrée tel un noyer, c’est normal, je me noie mais je ne le sais pas encore. L’urgentiste me dit : « Je vais devoir vous intuber ». Je voudrais lui dire « dépêchez-vous ! » L’infirmière me dit : « On va appeler votre mari. Vous avez quelque chose à lui dire ? ». Je me dis, je vais mourir… On me bascule sur le brancard, je sens mes yeux se fermer.

J’ouvre les yeux, une horloge indique 11h00 … Je sens l’air entrer et sortir de mes narines, je suis en vie. Je suis dans un lit, ça bipe, je suis dans une chambre en réa, je sens quelque chose dans ma gorge. Je suis intubée. On m’explique que j’ai fait un OAP [œdème aigu du poumon] massif hypertensif. Mon cœur s’est fatigué et n’arrivait plus à pomper le sang correctement. Mes poumons se sont gorgés d’eau. La FEVG [quantité de sang éjectée par le cœur] est tombée à 30%.

Je suis toujours intubée car ils n’arrivent pas à faire descendre ma tension et ils ont peur que je recommence comme la veille au soir. Nous sommes donc jeudi matin, je ne sais plus comment je l’ai récupéré mais j’ai de nouveau mon portable. Je peux voir les photos de mon bébé chéri, il va bien, il est avec mamie. Son papa est en route pour me voir. Quelle vision il a eue ! Sonde nasogastrique dans le nez, sonde d’intubation dans la bouche, les cheveux attachés en palmier sur la tête et les mains attachées au lit pour éviter que je tire sur la sonde d’intubation – quelle horreur ce tube. Je serais finalement extubée en milieu d’après-midi.
Pour revoir mon bébé, je vais devoir attendre, pas de bébé en réa, pas de bébé en soins intensifs de cardio… Nous sommes encore séparés … Le médecin de garde a fini par lever l’interdiction le samedi en soins intensifs. Je retrouve mon petit amour pour ses 2 semaines.

Je suis finalement sortie de l’hôpital au bout d’une semaine, avec un diagnostic de cardiomyopathie du péripartum due à la pré-éclampsie. Après une rééducation cardiaque et beaucoup de patience, je récupère enfin. Misha a 11mois, c’est un amour qui nous comble de bonheur. »

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