Clara a vécu l’impensable. Son histoire, c’est un cri du cœur, une lumière sur une réalité trop peu connue. Il est temps d’écouter, d’informer, d’agir.
Merci Clara de briser le silence !
« Je m’appelle Clara et au moment des faits j’avais 27 ans.
J’étais en bonne santé, j’avais eu un très bon début de grossesse. J’étais suivie à la fois par un gynécologue et par une sage-femme.
J’avais des examens réguliers … ECBU, prise de sang, bref j’étais suivie.
Un peu avant que je parte en vacances avec mon conjoint, j’ai remarqué que mes chaussures commençaient à me serrer les pieds parce qu’ils avaient un peu gonflé. Au point où fin mars début avril (fin du 3ème-début du 4ème mois) je ne mettais que des claquettes pour être bien à l’aise (je fais du 38 depuis mes 10 ans donc bon je trouvais ça bizarre.). Je l’ai mentionné à ma sage-femme mais elle m’a dit : « Pas d’inquiétude, c’est vrai que c’est un peu tôt dans votre grossesse d’avoir les pieds gonflés mais c’est sûrement un symptôme. »
N’y connaissant rien je me suis dit ok…
J’étais toujours suivie jusqu’à quelques jours avant de prendre l’avion pour le soleil. J’avais demandé au préalable si je pouvais prendre l’avion, si ça ne craignait pas… On m’a rassurée sur le fait que c’était maintenant qu’il fallait voyager et que lors des mois qui suivront je ne pourrai pas… mais voyager avec des bas de contention.
Mon voyage se préparait bien, jusqu’au jour où nous avons pris l’avion. J’avais mis une paire de baskets qui me serrait mais ce n’était pas si horrible que ça.
Pendant le vol, j’avais envie d’être à l’aise donc j’ai retiré mes chaussures. Mais je commençais à ne plus sentir mes deux gros orteils. J’ai paniqué et j’ai eu à expliquer ma situation à l’hôtesse qui m’a gentiment proposé de retirer mon pantalon et mes bas de contention dans le fond de l’avion. Après les avoir retirés, ça allait mieux, mais une fois arrivée à destination impossible de remettre mes baskets, mes pieds avaient doublé de volume.
À la suite de ça, mes doigts ont gonflé mais on s’est dit que c’était la chaleur…
Suite à ça, mon nez a gonflé. Il avait déjà commencé à changer étant en métropole mais pas au point où il avait vraiment gonflé comme à destination.
Les 3 semaines sont passées et nous sommes rentrés.
Le lendemain de notre atterrissage, nous avions rendez-vous avec la sage-femme.
Prise de tension : 15/9.
Elle m’a dit : « Ohhh c’est élevé » et moi comme une imbécile je lui ai rétorqué que c’était sûrement la fatigue et les différents voyages…
Si j’avais su…
1 mois après nous avions rendez-vous pour un contrôle. Tension un peu haute mais beaucoup moins que la dernière fois… ECBU revenu négatif donc pas d’inquiétude.
Si j’avais su (…)
Quelques jours après, 3 jours après, j’ai commencé à avoir des douleurs au niveau des côtés du bas-ventre. Lorsque je me tournais pour dormir, c’était une horreur. J’ai laissé passer le week-end sans m’inquiéter et sans consulter. Le lundi en plus des douleurs au ventre, j’ai senti une barre sous la poitrine…
J’ai donc appelé le mardi mon gynécologue qui m’a conseillé d’aller immédiatement aux urgences pour retirer tous doutes pour la pré-éclampsie mais je ne voulais pas, ayant des soucis administratifs (une française qui a quitté la France durant 2 ans mais qui doit refaire sa sécurité sociale, ce qui veut dire que tous les examens auraient été à ma charge). J’y suis finalement allée et ma tension était élevée : 15/9.
On m’a trouvé des protéines dans les urines et dans le sang. Un taux anormalement élevé : 94 dans le sang et 24 dans les urines.
Là commence mon film d’horreur, on m’a demandé de revenir dans les 48h.
48h après, ils n’avaient pas baissé mais n’avaient pas augmenté non plus.
J’ai été admise en urgence en salle de naissance.
Une sage-femme m’a expliqué ce qu’il se passait, qu’on devait m’administrer des médicaments pour la sortie de mon bébé.
Puis un obstétricien est arrivé, il a observé tout ce qu’il y avait dans mon utérus puis m’a expliqué. Puis est venue l’heure des deux piqûres. L’un pour maturer les poumons de bébé, l’autre pour ses neurones. L’infirmière est partie puis revenue en panique me disant qu’elle devait me préparer pour la césarienne.
Je ne l’ai pas dit plus haut mais j’étais à 24 semaines lorsque je suis arrivée à l’hôpital, hôpital qui était de type II donc il ne pouvait rien faire pour moi et bébé. Ils m’ont donc transférée dans un hôpital de type III. Ils voulaient m’héliporter mais ça n’a pas été fait.
Il y a eu l’arrivée du Samu, des pompiers, de nouvelles explications. Et un transfert…
Ma famille est venue dès qu’elle a pu mais n’a pu me voir qu’au moment du transfert, c’est à dire 2mn grand max.
Ils m’ont suivie dans la ville d’à côté. Mon conjoint travaillait et a dû quitter précipitamment le travail pour venir parce qu’on lui a expliqué au téléphone que c’était très sérieux. Je lui avais expliqué mais une soignante a pris le temps de parler à mon frère et sa femme qui l’ont par la suite appelée pour lui ré expliquer.
Arrivée dans le nouvel hôpital, j’ai directement été mise en salle de naissance. J’ai croisé sage-femme, infirmière, auxiliaire de puériculture, anesthésiste, pédiatre qui m’ont demandé ce que j’avais compris et m’ont réexpliqué ce que j’avais, et que la seule chose qui pouvait arrêter ça c’était la césarienne.
Beaucoup trop de monde, beaucoup trop de paroles, beaucoup de culpabilité parce qu’on ne nous explique pas que ce n’est pas notre faute. Et même si on nous le dit, on a du mal à faire confiance et ne pas croire que ce n’est pas de notre faute.
Il y a eu beaucoup de monitorings, beaucoup de prières de mon côté et celui de ma famille. J’ai pu quitter la salle de naissance après quelques heures pour atterrir dans une chambre. Tout ça était un jeudi. Le lendemain, ça allait mais j’étais toujours très surveillée.
Le samedi surveillance +++ puis un aller-retour en salle de naissance puis chambre. Le dimanche, une journée avec surveillance du bébé et de ma tension. Ce fut une bonne journée qui laissait présager une bonne nouvelle.
Le lundi, de nouveau surveillance et cette fois-ci salle de naissance mais nous y sommes restés.
Lors de mon arrivée à l’hôpital, j’avais stipulé que je voulais que mon fils reste dans mon ventre jusqu’au bout… Bien que ça n’enchantait pas le personnel qui n’était pas optimiste.
Le lundi, l’obstétricienne toujours négative me pose des questions et je finis par lui répondre que lorsque je n’aurai vraiment plus le choix, j’accepterai la césarienne (sans penser un instant que c’était le cas).
Elle m’a dit que je n’avais plus le choix et que la césarienne c’était tout de suite.
J’ai été emmenée très rapidement sans tout comprendre. Sans comprendre où j’ai effectivement donné mon consentement.
J’avais peur, j’avais froid et on m’a emmenée dans une salle froide. On m’a séparée de mon conjoint, on m’a préparée pour la rachianesthésie qui fait un mal de chien. L’infirmière a été très douce avec moi et m’a beaucoup aidée à me calmer parce que je pleurais beaucoup.
Puis on m’a allongée, on m’a mis une sonde, puis le voile pour que je ne puisse pas voir, puis quelqu’un s’est mis à me piquer avec un scalpel pour voir si je sentais. J’ai eu à expliquer que je sentais et que ça faisait mal mais la personne persistait… Elle en a eu marre et a dit à l’anesthésiste de m’endormir. L’anesthésiste m’a calmée et je me suis endormie.
Mon fils est né au terme de 24+6 SA. Le lendemain, j’étais à 6 mois. Je me suis réveillée douloureuse, groggy, demandant pour mon bébé, savoir s’il allait bien… Et comme j’étais fatiguée, on me demandait de me reposer. Je luttais pour me réveiller parce que je voulais le voir. Mais impossible. Au bout de quelques heures, j’étais un peu plus lucide, j’ai demandé à le voir mais toujours pas possible alors j’ai demandé mes lunettes. On m’a ramené mon téléphone avec. J’ai pu voir mon fils en photo…
Un magnifique petit bébé…
J’ai écrit à mes proches. J’ai lu que mon conjoint leur avait écrit pour leur expliquer la situation.
Le lendemain, j’ai tout fait pour aller voir mon fils. Premier pipi hors de la sonde, premier lever pour aller aux toilettes, premier pet. Vraiment tout pour aller le voir et on m’y a autorisée à partir de 14h00 le mardi.
Ce n’était pas facile parce que les soignants, surtout les médecins n’étaient pas encourageants malgré que nous, malgré que moi j’essayais de sourire pour me dire que ça allait aller, j’avais toujours cette soignante décourageante.
Un des pédiatres a tout fait pour mon fils, il s’est vraiment battu. Son cœur décélérait lorsqu’on le touchait, il n’aimait vraiment pas qu’on le dérange.
Lorsqu’il entendait nos voix, ça allait mais parfois ses BPM tombaient sous la barre des 130. Ce n’était pas encourageant mais on lui demandait de se battre.
On allait régulièrement le voir, je priais pour lui, je chantais et je demandais souvent à le mettre sur moi pour qu’il entende mon cœur. Mais j’étais aussi fatiguée… On a décidé avec mon conjoint d’aller le voir toutes les 2h pour qu’on se repose. Dans la nuit du mercredi 10 au 11 juillet, j’ai fait le peau à peau avec lui, il était si petit… Ça n’a pas duré puisque je n’arrivais pas à retenir ma vessie et que je voulais aller aux toilettes. On s’est dit qu’on irait le voir après s’être reposés.
Comme on sentait qu’il était fatigué de se battre durant le peau à peau, mon conjoint lui a fait des promesses… Moi je lui ai dit que je l’aimais de tout mon cœur, que ça allait aller…
En partant, une soignante nous a couru après pour nous demander si elle pouvait le prendre pour qu’il ne soit pas seul si jamais il partait. J’ai de suite refusé parce que j’ai trouvé ça violent et parce que je venais de faire du peau à peau avec lui et que ça l’avait fatigué.
Nous sommes partis quelques heures. À mon réveil j’ai appelé pour savoir comment il allait, on m’a dit que ça allait et 5 min aprè, on m’a rappelée pour me dire qu’il était décédé…
J’ai pleuré toutes les larmes de mon corps parce que mon bébé était parti rejoindre les anges… J’ai voulu aller le voir… Je l’ai porté, j’ai embrassé mon ange en lui disant que je l’aimais et dans la journée, j’ai voulu quitter l’hôpital.
Un seul soignant m’a donné du courage, un espoir, même s’il était minime, et je ne l’oublierai jamais pour ça… On a voulu me faire voir une psychologue, j’ai refusé parce que je pense que j’aurais pu l’insulter ou la taper… J’ai quitté l’hôpital 4h après son décès. »