Pré-éclampsie tardive, HELLP syndrome et impact psychologique (Léa)

Léa, atteinte d’endométriose, témoigne de sa pré-éclampsie tardive qui s’est compliquée en post partum par un HELLP syndrome, et de l’impact psychologique d’un accouchement traumatisant même plusieurs mois après. Nous envoyons plein de bonnes ondes à Léa et vous laissons lui partager votre expérience quant à la grossesse d’après suite à un HELLP.

« Je m’appelle Léa, j’ai 25 ans et je suis la maman d’un petit Armand né le 9 décembre 2021.
Après un parcours gynécologique un peu compliqué en raison d’une endométriose m’ayant beaucoup fait souffrir et après un traitement de quelques mois ayant pour but d’optimiser ma fertilité, je tombe enceinte en avril 2021.

Nous sommes heureux : cela a fonctionné plus rapidement et plus facilement que prévu… Les trois premiers mois passent et mon inquiétude de faire une fausse-couche s’estompe. Je souffre quand même de nausées assez pénibles durant les quatre premiers mois et arrête donc vite mon activité professionnelle (le Covid en prime, je ne veux prendre aucun risque et limite donc drastiquement mes contacts).
Ma grossesse est bien suivie dans une maternité reconnue, je suis sereine et la poursuis en toute quiétude.

J’ai la volonté d’accoucher dans la Salle Nature de la maternité, sans péridurale. Je fais donc, pour m’y préparer, de l’acupuncture et des massages du périnée, de la relaxation, bref, je mets toutes les chances de mon côté !

Le lundi 6 décembre 2021, j’ai rendez-vous avec la sage-femme pour la consultation du neuvième mois, nous sommes trois semaines avant le terme.
Je lui dis, en arrivant, que depuis environ une semaine, je me sens très très fatiguée et que j’ai gonflée, surtout au niveau des jambes. Pour moi, rien d’alarmant : ce n’est pas un petit bébé et j’arrive en fin de grossesse, c’est le lot de beaucoup de futures mamans !
Elle me pèse : plus 5kg en dix jours environ, c’est trop. Elle prend ma tension : 15, c’est trop aussi. Elle décide de m’ausculter et de la recontrôler ensuite. Bonne nouvelle : mon col est déjà dilaté à 2, j’avais eu des contractions deux jours avant. Ma préparation est efficace, je suis ravie !
Nouvelle prise de tension : plus de 15. Elle décide d’aller faire un monitoring et un contrôle de ma tension avec la sage-femme de garde. Cette dernière m’installe et m’explique que cela arrive,  et que c’est sans doute une crise de pré-éclampsie. Elle me rassure en me disant que je suis en fin de grossesse, que mon bébé est en pleine forme et n’accuse aucun retard de croissance, la tension s’estompera après l’expulsion du placenta.

Je ne suis plus aussi sereine mais je ne m’affole pas, je leur fais entièrement confiance ! Je rentre chez moi avec des examens à effectuer au laboratoire, le lendemain matin… Le soir, je contrôle ma tension avant d’aller me coucher : 18…
Je suis au laboratoire à la première heure, le lendemain : prise de sang et analyse d’urine plus analyse d’urine sur vingt-quatre heures pour contrôler la protéinurie. Nous n’attendrons pas ce délai… Les résultats sont mauvais, la sage-femme me rappelle pour nous demander de venir à la maternité afin de pouvoir nous surveiller de près.
Je passe un coup de téléphone à une amie sage-femme qui me dit qu’ils vont sans doute me déclencher. J’appelle mon mari pour qu’il me rejoigne et nous partons donc à la maternité. Nous sommes mardi soir.

En arrivant, nous nous installons dans la chambre, je suis branchée au Dinamap® qui ne me quittera que très peu, on me fait une autre prise de sang. Nous nous endormons tard après toutes ces émotions.
Le lendemain matin, la sage-femme revient et m’annonce que le gynécologue a décidé de déclencher l’accouchement, le lendemain matin, jeudi. C’est la douche froide… Je ne pourrai pas mener à bien mon projet de naissance et je commence à avoir un petit peu peur…
Je me dis alors qu’il faut tenter le tout pour le tout : descente et montée d’escaliers, douche chaude, ballon, tour du parking… Soudain j’ai de nouvelles contractions. La sage-femme m’ausculte, mon col est à trois. Elles sont efficaces, le travail a commencé, il est 15h39 (précisément, mon mari a regardé l’heure !). On me dit que je vais être installée en salle de naissance. Je demande si je peux essayer quand même la salle nature. Après tout, je gère les contractions et pour l’instant, nous allons bien. C’est ok. Nous descendons, il est 18h30 environ. La sage-femme me pose un cathéter et le monitoring. Une longue attente commence… J’alterne entre la baignoire, le ballon et le lit. Je vomis deux fois. J’ai mal dans le haut du ventre : normal. Enfin j’imagine, après tout, je suis en train d’accoucher. J’essaie de ne pas trop me plaindre et de toute manière les douleurs ne sont pas plus intenses que celles de l’endométriose…

Après avoir refusé la péridurale toute la nuit et avec un col qui n’a gagné qu’un centimètre, je décide d’accepter la proposition de la sage-femme : il est huit heures et une autre équipe va prendre le relais mais si je le souhaite, elle restera avec moi le temps de la pose. J’accepte, je suis fatiguée et je ne veux prendre aucun risque pour mon bébé qui est encore en pleine forme ! Nous quittons donc la salle nature pour une salle de naissance classique. Pose de cathéter sur l’autre poignet, le premier étant très gonflé. L’anesthésiste me pose la péridurale qui fait des siennes au départ mais qui finit par fonctionner ! La sage-femme perce la poche des eaux, s’en suivront deux poches d’ocytocine et encore 10h30 de travail.

À 18h00, je commence à pousser. Je n’ai plus de péridurale mais je ne le sais pas (mon mari appuie quand même sur la pompe pour ne pas me perturber), je sens donc tout ce qui se passe. Ma tension s’affole mais la poussée est efficace : Armand naît à 18h28 !

Il est en pleine forme. Il pèse 3,065kg. Nous faisons la tétée d’accueil. Je suis heureuse mais je sens que quelque chose ne va pas… Nous restons encore environ deux heures en salle de naissance, le temps de nous faire les soins. Nous remontons dans la chambre et au moment de me m’installer dans le lit, je ressens une douleur atroce au niveau de la taille. J’ai l’impression qu’on me broie les organes. Nous redescendons en salle de naissance, l’anesthésiste revient me faire une injection de morphine. Je passe une échographie, un scanner puis de nouveau une échographie. Je suis entourée du gynécologue, de l’anesthésiste, de la sage-femme. Un radiologue regarde depuis chez lui et en direct les examens pour donner son avis et, le gynécologue est en communication avec la néphrologue de l’hôpital avec lequel la maternité travaille en cas de difficulté…

On m’annonce que je suis en train de faire un HELLP syndrome et que je vais être transférée en réanimation. L’anesthésiste qui m’accompagne me dit que je suis jeune, que j’ai maintenant un bébé et qu’il va donc falloir que je m’accroche. À ce moment-là, j’ai peur de ne jamais revoir mon mari et mon bébé.

En réanimation, les médecins me transfuseront deux poches de plaquettes. Je suis mise sous oxygène, morphine et Tramadol®. J’ai une poche pour la vessie, poche qui restera deux jours désespérément vide malgré l’hydratation… Je suis restée quatre jours en réanimation avec des hauts et des bas, l’incertitude sur mon état, une fatigue extrême et l’absence de mon bébé.

Mon mari a pu effectuer son séjour à la maternité avec notre fils et ils ont eu le droit de venir me voir en réanimation. Je les ai ensuite rejoint pour passer trois jours avec eux avant de pouvoir sortir. J’ai pu allaiter pendant un mois. Je pense que nous en avions besoin tous les deux ! Le retour à la maison s’est fait difficilement. Je ne pouvais pas m’occuper de mon bébé toute seule, l’avoir dans les bras en étant debout car je faisais des malaises…

Aujourd’hui je vais beaucoup mieux. Je suis très fatiguée mais je n’ai pas de séquelles. Je prends un traitement contre l’hypertension. J’ai eu la chance d’être très bien suivie et de rencontrer des équipes formidables ! Les choses ne se sont pas déroulées comme je l’imaginais et l’ambiguïté d’avoir frôlé la mort en mettant mon bébé au monde est encore très présente. Je voulais simplement apporter mon témoignage pour soutenir toutes les mamans qui comme moi ont vécu un accouchement traumatisant. J’expliquerai plus tard à mon fils que sa maman a été défaillante durant ses premiers jours de vie malgré tout l’amour qui m’a envahie lorsque qu’il est né…

Je voulais aussi savoir si d’autres mamans ayant souffert d’un HELLP syndrome ont pu mener à bien d’autres grossesses car je n’arrive absolument pas pour le moment à faire le deuil d’une autre maternité… »

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