Témoignage d’Eva : une pré-éclampsie sévère et un HELLP syndrome à 28 SA + 3 jours

Le témoignage d’Eva raconte un été où tout a basculé sans prévenir. À travers ses mots, elle revient sur l’apparition brutale de la pré‑éclampsie, l’urgence, la naissance prématurée de Lana, et ce chemin inattendu vers la maternité.

Avec pudeur, elle partage la peur, la fragilité, mais aussi la présence des siens et la force qu’elle a trouvée pour avancer. Son récit rappelle que certains débuts de vie sont des combats, et que chaque signe, chaque geste, peut tout changer.

Le témoignage d’EvaPartie 1 :

Ma sœur m’a sauvée

Le 5 août 2025 à 11h, je me présente à mon rendez-vous mensuel avec ma sage‑femme, alors enceinte de six mois et demi. La sage‑femme qui me suivait étant en congé, je suis reçue par un interne.Il consulte mes analyses et m’indique un taux de protéinurie très élevé (2 675 mg/L au lieu de moins de 140). Il me demande de refaire des analyses dans les jours suivants.Je lui explique que depuis la veille, je ne suis pas en forme : maux de tête, nuits très mauvaises, douleur abdominale étrange, et de nombreux œdèmes apparus aux pieds, mollets, visage et mains. Jusqu’ici, ma grossesse se déroulait parfaitement.Il prend ma tension à trois reprises et me dit qu’elle est élevée, sans plus de précision. Il me prescrit un tensiomètre pour surveiller ma tension plusieurs fois par jour pendant trois jours, puis me renvoie chez moi.Sur le chemin du retour, j’appelle ma sœur, déjà maman. Je lui raconte mon rendez‑vous et, sans hésiter, elle me dit d’aller consulter à la maternité : les symptômes et mes résultats lui font penser à une pré‑éclampsie. Je n’en avais jamais entendu parler.Je cherche sur internet et je me reconnais dans les symptômes : tension et protéinurie élevées, maux de tête situés à l’arrière du crâne, barre gastrique, œdèmes, retour des nausées.Je me rends aux urgences de ma maternité. Je suis prise en charge rapidement : analyses d’urine, prise de sang, échographie, monitoring, tension… Ma tension est à 16, mais on me dit que le bébé va bien.On n’est pas certain qu’il s’agisse d’une pré‑éclampsie, mais par précaution, je dois être hospitalisée 48 h pour voir si la tension baisse avec les médicaments.On m’explique que si la pré‑éclampsie est confirmée, je n’accoucherai pas à terme mais un mois plus tôt, avec déclenchement, et qu’un transfert en maternité de niveau III est probable.Par précaution, on me fait une première injection de corticoïdes pour accélérer la maturation pulmonaire du bébé.Au vu des résultats, il est décidé de me transférer le soir même à une maternité de niveau III.

Partie 2 : Mon arrivée en GHR

J’arrive vers 21 h et refais tous les examens. Je passe une échographie dont je n’aurai le compte‑rendu que deux jours plus tard.Je rencontre une anesthésiste qui m’explique les modalités d’une anesthésie en cas d’accouchement prématuré, notamment par césarienne, car à mon terme (27 SA + 6 j), un accouchement par voie basse n’est pas possible.Je suis transférée dans ma chambre, au service des grossesses à haut risque.Le 6 août au matin, ma tension est redescendue à 11,7 grâce aux médicaments (Trandate et Loxen). Je suis rassurée. On me demande de recueillir mes urines sur 24 h pour confirmer ou non la maladie.Le moral est bas. Mon mari peut rester toute la journée mais pas la nuit.Une pédiatre m’explique les seuils de prématurité :

– prématurité simple : 32 à 36 SA + 6 j ;

– grande prématurité : 28 à 31 SA + 6 j ;

– extrême prématurité : 23‑24 à 27 SA + 6 j.

Si j’accouchais alors, je serais entre l’extrême et la grande prématurité.Je lis beaucoup sur la maladie. Je comprends qu’elle est grave, mais je garde un peu d’espoir.Je dors très peu. Les contrôles sont constants.Le 7 août au matin, ma tension remonte à 15,8 malgré les médicaments.Je demande le compte‑rendu de l’échographie : le bébé pèse 900 g, un peu en dessous de la courbe, mais la liaison placentaire est correcte.À midi, plusieurs médecins m’annoncent que la pré‑éclampsie est confirmée et que je dois rester hospitalisée jusqu’au terme (prévu le 5 novembre).Je suis sous le choc. Nous annulons nos projets, dont nos vacances prévues le 9 août. Les médecins me disent que si nous étions partis, la suite aurait pu être tragique.Le 8 août, ma tension monte à 17. Je me sens de plus en plus mal.Les maux de tête s’intensifient, les nausées aussi. Les infirmiers chuchotent. On me donne peu d’informations.La maladie gagne du terrain.Le 9 août prouve que je ne pourrai pas tenir davantage.

Partie 3 : Le jour où tout a basculé

Le 9 août au matin, ma tension est à 14.Un monitoring montre un nouveau ralentissement cardiaque.À midi, ma tension remonte à 18 et la barre gastrique apparaît.Mon mari arrive. Les médecins nous annoncent que mes analyses sont mauvaises et qu’on me descend en salle de naissance pour surveillance continue.On me rassure : ce n’est pas pour accoucher.Mais dix minutes plus tard, un médecin nous explique les seuils de prématurité et les modalités d’une naissance à 28 SA + 3 j.

Un autre arrive : une césarienne en urgence est décidée.Je demande naïvement quand elle aura lieu. On me répond : « Dans dix minutes. »La vie de mon bébé et la mienne sont en danger.On m’explique que j’ai un HELLP syndrome : hémolyse, enzymes hépatiques élevées, plaquettes basses.Le bébé présente un RCIU et une acidose respiratoire chronique fœtale.Nos vies sont en danger.Je demande à mon mari d’appeler ma famille « une dernière fois ».Au bloc, je fais un malaise vagal lors de la rachianesthésie. L’équipe est d’une grande gentillesse.À 15 h 39, Lana naît : 900 g, 30 cm.Elle est immédiatement prise en charge par la réanimation néonatale.Je suis transférée en soins continus, terrifiée.

Partie 4 : Le séjour en réanimation

La réanimation est un enfer : lumière constante, machines, perfusions, oxygène, prises de sang incessantes, douleur de la cicatrice, choc du post‑partum.Je vois Lana pour la première fois le 11 août, en fauteuil, branchée, nauséeuse.Ma tension ne se stabilise pas. Les médecins ne comprennent pas pourquoi.Lana, elle, se porte bien.Après dix jours, je passe en maternité pour trois jours, puis je rentre chez moi.

Partie 5 : Le retour à la maison

Je poursuis mon traitement antihypertenseur et les injections d’anticoagulants.Nous faisons les allers‑retours chaque jour.Le service de réanimation néonatale est incroyable : peau à peau, soins, accompagnement.Mais c’est aussi les machines, les désaturations, les pauses respiratoires, les heures d’attente, la peur constante.Lana reste hospitalisée jusqu’au 29 septembre, puis transférée à Neuilly. Elle sort le 19 octobre.Aujourd’hui, elle va bien.Elle ne peut pas être gardée en collectivité, alors nous avons adapté nos emplois du temps.

L’après

L’été 2025 restera celui où tout a basculé.J’ai appris que la grossesse peut devenir une urgence vitale.Rien ne s’est passé comme prévu.Lana est née trop tôt, mais entourée.J’ai mis du temps à comprendre que moi aussi, j’avais survécu.Nous avons appris à devenir parents autrement.Chaque sourire de Lana est précieux.Si je raconte cette histoire, c’est parce que ma sœur a su reconnaître ce que je ne voyais pas.

Notre histoire est aussi la sienne.Cet été‑là, je suis devenue maman. Et j’ai découvert une force que je ne soupçonnais pas.

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